Par Christine Bierre
C’est le cas du Nouvel Obs qui publie, dans son numéro du 22 janvier, un entretien de Rémi Noyon avec Laura K. Field, auteure du livre Furious Minds, The Making of the MAGA New Right (Pensées furieuses, la création de la nouvelle droite de MAGA), paru récemment outre-Atlantique.
Noyon décrit ce livre comme « une enquête passionnante sur les penseurs de la droite américaine ». En fait, Field se concentre sur les composantes du mouvement MAGA et démontre que « ce qui cimente la coalition MAGA est aussi ce qui pourrait la faire éclater ».
Ceux qui pensent que le trumpisme n’a aucune substance intellectuelle autre que la défense du corpus des républicains, c’est-à-dire « la protection des intérêts financiers », se trompent lourdement, affirme Field, qui présente ensuite, au cours de l’entretien, les quatre groupes d’« idéologues brillants » qui constituent le MAGA.
Straussiens
Le premier, connu comme les « Straussiens de la côte Ouest », est composé des adeptes de Léo Strauss devenus pro-Trump très tôt, avant même 2016. Au cœur de ces réseaux, le Claremont Institute, créé en 1979 par Harry Jaffa, disciple de Strauss. À leurs débuts, ils prétendaient vouloir restaurer la notion de valeurs morales absolues, mais peu à peu, rapporte Field, ils sont devenus sectaires et souvent ouvertement racistes. Aujourd’hui, leur soutien à Trump est si radical que l’un de leurs porte-paroles, Michael Anton, est allé jusqu’à appeler à une « élection du type vol 93 », en référence au vol 93 du 11 septembre 2001. « Voter pour Trump aujourd’hui, c’est comme se ruer dans le cockpit du vol 93 le 11 septembre pour tenter de neutraliser les terroristes... »
Conservateurs nationaux
Le second groupe, dit des « conservateurs nationaux », est surtout connu en France pour ses liens avec Steve Bannon et sa défense d’une sorte d’« internationale des nationalistes ». La figure clé citée ici est Yoram Hazony, philosophe américano-israélien, auteur de La vertu du nationalisme, ouvrage paru en 2018 qui aurait eu un impact considérable auprès des nationalistes en Europe et ailleurs. Selon d’autres sources, Hazony est considéré comme le pionnier de l’alliance entre les suprémacistes juifs et Netanyahou, et il exercerait aussi, selon certains, une grande influence sur Donald Trump et JD Vance.
Post-libéraux
Le troisième groupe « est le plus sophistiqué. Il s’agit des post-libéraux (…) une faction composée de catholiques traditionalistes ». Parmi les figures les plus importantes, Field cite Adrian Vermeule et Patrick Deneen. Selon ce dernier, qui a publié en 2018 Pourquoi le libéralisme a échoué, le libéralisme a engendré l’atomisation du corps social, le relativisme et le règne de l’ultralibéralisme. Professeur à Harvard, Vermeule y défend, quant à lui, le constitutionnalisme « du bien commun » et affirme que « son intégralisme vise à réorienter l’État vers un salut spirituel ».
Néo-réactionnaires
Enfin, il y a le dernier groupe et le plus radical, la « droite dure ». Field les décrit comme « un ensemble hétéroclite composée de véritables fascistes et misogynes recourant à une rhétorique violente ». Parmi eux, Costin Alamariu, qui soutient, dans son ouvrage Mentalité de l’âge de bronze, que ce fut « un âge d’or qui a mis fin à l’ère supposée féminine et proto-socialiste des grandes maisons communautaires », mais aussi le « britannique nationaliste à l’œuf cru », promoteur du crudivorisme et d’un régime carnivore, censés fortifier le corps contre le « mondialisme du soja » !
On y retrouve également Curtis Yarvin, blogueur inspirateur des « Lumières sombres », ou encore le suprémaciste Nick Fuentes. À la Maison-Blanche, ajoute Field, ces gens-là « peuvent compter sur Stephen Miller, l’un des principaux conseillers de Donald Trump ».
Un encadré intitulé « Anatomie de la ‘néo-réaction’ » conclut l’article du Nouvel Obs, présentant un livre récemment paru d’Arnaud Miranda intitulé Lumières sombres, un essai sur les idées néo-réactionnaires qui influencent actuellement la Maison-Blanche.
L’ouvrage aborde également le cas de deux autres alliés du mouvement MAGA : l’Américain Curtis Yarvin et le Britannique Nick Land. Yarvin souhaite voir l’État dirigé comme une entreprise par un « roi-PDG ». Tous les fonctionnaires devront être licenciés (en suivant un projet baptisé RAGE, acronyme pour « la retraite pour tous les employés du gouvernement », afin de mettre fin à ce qu’il appelle la « Cathédrale », c’est-à-dire le contrôle supposé des élites progressistes sur les médias, les universités, etc.
Accélérationnisme
Nick Land est, pour sa part, promoteur de « l’accélérationnisme ». Il appelle à déchaîner les forces du capitalisme pour précipiter une sorte d’autodestruction créatrice conduisant à la fin de l’humanité telle que nous la connaissons et à l’émergence des cyborgs ! Tous deux s’unissent pour défendre les inégalités, le pessimisme anthropologique, la haine de la démocratie, le rejet du libéralisme politique et du techno-optimisme.
En conclusion, Le Nouvel Obs met en garde : on serait tenté d’éclater de rire devant le caractère grotesque de certaines de ces positions et leur rupture avec le cours normal des choses, mais


