Talon d’Achille
Alors, quel est le talon d’Achille de ce système ? Nous avons certes décrit et discuté de nombreux problèmes aujourd’hui, mais cette question pose scientifiquement le cheminement possible vers une solution. Je dirais qu’il y a en réalité deux talons d’Achille. Le plus fondamental est peut-être le concept même de l’homme qui sous-tend ce système impérial actuel et la sauvagerie dont nous sommes témoins. Mais je laisse ce point pour une discussion plus approfondie lors de la séance consacrée aux « Dix Principes » d’Helga Zepp-LaRouche. [1]
L’autre talon d’Achille du système (et notez bien que je n’ai pas dit « des États-Unis », mais que je parle du système financier mondial), c’est justement qu’il est sur le point de s’effondrer. Je vais utiliser des graphiques que j’ai préparés pour aujourd’hui, avec de nouvelles données. En effet, les services d’étude de la Banque des règlements internationaux (BRI) viennent de publier de nouvelles prévisions couvrant le premier semestre 2025.
L’encours total des actifs financiers mondiaux s’élève désormais à environ 2,4 quadrillions, soit 2,4 millions de milliards de dollars. En 2008, lors de la crise financière, il n’était que de 1,6 quadrillion, ce qui constitue une augmentation de 53 % de cette bulle spéculative dévastatrice durant cette période. Toutes les politiques mises en œuvre pour tenter d’endiguer cette crise n’ont fait que l’aggraver. L’expansion massive de l’assouplissement quantitatif, la bulle des cryptomonnaies (qui se porte à merveille) et de nouvelles mesures d’assouplissement quantitatif sont prévues après le départ du président de la Réserve fédérale, Jerome Powell. [2]
Economie schachtienne
De plus, on assiste en Europe et aux États-Unis à une transition vers ce qu’on appelle une économie « schachtienne », du nom d’Hjalmar Schacht, le banquier central d’Adolf Hitler. Schacht fut imposé à l’Allemagne par les banquiers londoniens et américains afin de mettre en œuvre des politiques simples : un renforcement militaire massif en vue de guerres de conquête et de soumission, ainsi que le dépeuplement et le génocide pour maintenir la bulle financière.
Nous avons bien entendu parler de la dernière proposition de Donald Trump mais pas de la précédente. Dans sa première proposition, il nous avait annoncé vouloir réduire de moitié le budget militaire américain. Mais ça, c’était hier. Il prévoit désormais de le faire passer de 1000 à 1500 milliards de dollars.
Voici un aperçu ;
Ces chiffres ne sont pas rigoureusement exacts mais donnent un ordre de grandeur. En 2025, le budget total du gouvernement américain s’élevait à environ 7000 milliards de dollars, dont 14 % (1000 milliards) consacrés au paiement des intérêts de la dette publique. Une autre enveloppe de 1000 milliards de dollars était allouée au budget militaire.
Pour 2026, Trump propose de porter le budget militaire à 1500 milliards de dollars. Ainsi, plus d’un tiers du budget total des États-Unis sera consacré soit au budget militaire, soit au service de la dette, c’est-à-dire le paiement des intérêts.
Pourquoi regrouper ces deux catégories ? Parce que le budget militaire du complexe militaro-industriel dont parlait Eisenhower ne relève plus d’un « complexe militaro-industriel », mais d’un « complexe militaro-industriel et financier ».
BlackRock et les Big Three
Comme le montre la figure ci-dessus, tous les grands producteurs d’armement sont contrôlés par les banques de Wall Street et de la City de Londres :
— Lockheed Martin : son principal actionnaire est State Street, suivi de BlackRock, que vous connaissez tous.
— Raytheon : Vanguard Group et Capital Group.
— Northrop Grumman : State Street et Capital Group.
Et ainsi de suite.
Ces sociétés de portefeuille ou institutions financières contrôlent des sommes colossales. Pour BlackRock, il s’agit de plus de 13 500 milliards de dollars [d’actifs sous gestion] et pour Vanguard Group, de 11 000 milliards de dollars. À elles seules, celles mentionnées ici gèrent près de 29 900 milliards de dollars d’actifs.
Ainsi, le complexe militaro-industriel et financier fait partie intégrante du dispositif de réorganisation schachtienne de l’économie mondiale, visant à reproduire exactement ce qu’Adolf Hitler a fait pour maintenir une bulle financière, en l’occurrence après le traité de Versailles.
Aujourd’hui, cette bulle atteint 2,4 millions de milliards de dollars. Et c’est cela qui, selon moi, est fondamentalement à l’origine des guerres perpétuelles. C’est ce qui est à l’origine du génocide perpétré à Gaza. Et cela conduira, si nous ne l’arrêtons pas, à des politiques identiques à la Solution finale mise en œuvre à Auschwitz.
Chasser la Chine
Nous commençons déjà à en percevoir les premiers signes. Vous pouvez le constater justement dans les véritables intentions qui sous-tendent l’opération au Venezuela. J’y reviendrai dans un instant, car il ne s’agit certainement pas de drogue, et le pétrole n’est qu’un aspect secondaire. Le but ultime de cette opération au Venezuela, comme l’ont mentionné d’autres intervenants aujourd’hui, notamment le président Ramotar, est d’éliminer d’Amérique latine et des Caraïbes toute alternative à ce système financier occidental en faillite, c’est-à-dire la Chine et son initiative « Une Ceinture, une Route ».
Ce à quoi nous assistons actuellement au Venezuela est une guerre financière délibérée, non seulement contre ce pays, mais aussi contre l’Iran. Cette guerre financière vise à ruiner sa monnaie et à créer les conditions d’une révolte sociale qui accompagnera les actions militaires envisagées.
Il y a encore un an ou deux, le Venezuela était le principal fournisseur de pétrole de Cuba. Désormais, c’est le Mexique. Cuba a besoin d’importer environ 100 000 barils de pétrole par jour. Or, elle n’est pas approvisionnée. Et le Mexique vient d’être averti clairement par le secrétaire d’État américain Marco Rubio (dont les ambitions présidentielles sont inversement proportionnelles à son envergure, tant morale que physique) qu’il avait intérêt à se joindre au blocus génocidaire imposé à Cuba, comme à toute autre nation qui choisirait de se rebeller, sous peine de subir le même sort que le Venezuela.
Attaque sur le flanc
Quel est notre rôle dans tout cela ? Pourquoi la bulle financière internationale en faillite est-elle le flanc clé ? Parce qu’on ne peut pas s’attaquer directement au problème sur le plan militaire. Deux pays peuvent nous offrir une certaine marge de manœuvre sur ce point : la Russie et la Chine, car ils disposent d’une force de dissuasion non négligeable.
Nous l’avons constaté avec le missile hypersonique russe Orechnik, et la Chine possède également des capacités considérables. Dans les deux cas, ils représentent une menace crédible pour l’empire financier mondial, celle d’une riposte nucléaire en cas d’escalade contre la Russie et la Chine. Autrement dit, il s’agit de la doctrine kissingerienne de « destruction mutuelle assurée », ou MAD. Mais cette doctrine ne fonctionne que s’il subsiste un minimum de bon sens en Occident. Or, ce minimum est en train de disparaître rapidement.
Faire face à un système militaro-industriel et financier avec des moyens militaires ne peut constituer l’alternative. Pour résoudre le problème financier, il ne faut pas s’attaquer au problème militaire. Pour résoudre le problème militaire, il faut s’attaquer au problème financier. C’est là le talon d’Achille.
Comment procéder ? Lyndon LaRouche était très clair sur la marche à suivre. Il proposait une restructuration financière, sous forme de mise en faillite ordonnée. J’insiste sur le terme « ordonnée », car il est crucial de trouver le juste équilibre entre les changements nécessaires et le risque d’une guerre thermonucléaire mondiale.
Aux États-Unis, il existe une procédure de mise en liquidation judiciaire, le Chapitre 11. Elle s’applique aux entreprises dont les capacités de production sous-jacentes sont encore intactes, mais qui croulent sous une dette colossale les empêchant de fonctionner.
Plutôt que de fermer l’entreprise (ce qui, à l’échelle nationale, est comparable à l’approche d’Auschwitz : l’anéantissement de populations et de nations), on procède à une restructuration financière ordonnée. On gèle l’ensemble du système ; on annule la part illégitime ou spéculative, et on restructure la dette productive. C’est tout à fait faisable aujourd’hui, et cela se produira inévitablement car cette bulle de 2,4 millions de milliards de dollars est impossible à rembourser. Peu importe si Donald Trump se prend pour Ozymandias en personne ! Cette dette est irrécouvrable, quoi qu’on fasse.
La question est donc de savoir comment réorganiser le système. Le point crucial, que M. LaRouche a toujours souligné, est la nécessité de générer de nouveaux crédits pour financer les activités productives, notamment les investissements dans les infrastructures de base. Il faut employer la population dans le secteur productif et élever son niveau de qualification. Plus généralement, les nouveaux crédits accordés pour ces projets doivent être protégés de l’ancienne bulle spéculative. Dans les économies occidentales, cela se fait par une approche de type Glass-Steagall, c’est-à-dire par une vraie séparation des fonctions de banques (dépôts et crédit d’un côté, spéculation de l’autre). Dans les pays en développement, on recourt au contrôle des changes. Il s’agit tout simplement d’empêcher la corruption financière de s’infiltrer dans le système monétaire et financier.
Mais la question cruciale est la suivante : nous devons accroître l’emploi productif de la population mondiale. Le graphique ci-dessus est issu d’une étude que nous avons menée il y a quelques années. Nous avons examiné l’état de la force de travail à l’échelle mondiale, soit environ 3,5 milliards de personnes actives, en nous intéressant à la part de celle-ci qui était officiellement au chômage, mais aussi à celle de facto au chômage, c’est-à-dire les personnes travaillant dans l’économie informelle, avant tout non productives. Par exemple, les enfants qui vendent du chewing-gum dans les rues des pays du Sud, ou les personnes qui, pour survivre, sont contraintes de se livrer à toutes sortes d’activités, mais non productives. Nous avons ainsi déterminé que le taux de chômage réel mondial avoisinait les 46 %, soit environ 1,5 milliard de personnes qui ont besoin de retrouver un emploi productif.
Considérez l’énorme création de richesse, de véritable richesse, qui se produira lorsque ces personnes seront employées à construire des projets d’infrastructure comme ceux que nous proposons pour le bassin des Caraïbes.
Le Venezuela jouerait un rôle essentiel dans ce projet. Il serait relié aux ports en eau profonde de Ponce (Porto Rico), de Mariel (Cuba) et à la côte est des États-Unis. Le développement du réseau ferroviaire à grande vitesse traverserait toute l’Amérique centrale jusqu’au Mexique, puis les États-Unis, le Canada, l’Alaska et le tunnel sous le détroit de Béring, pour rejoindre l’initiative « la Ceinture et la Route » eurasienne. L’ensemble de ces projets créerait les conditions d’une croissance économique réelle et substantielle, tout en générant une forte création d’emplois productifs.
Avec cette carte, nous avons une vue d’ensemble du Pont terrestre mondial que l’EIR et l’Institut Schiller élaborent depuis des décennies, avec des projets aux quatre coins du globe. L’idée est que, puisque le monde ne forme qu’une seule humanité, nous avons un intérêt commun à développer le potentiel productif du travail dans chaque nation.
Le port de Chancay, au Pérou, développé conjointement par la Chine et le Pérou, apparaît sur la carte. Il accroît considérablement la productivité du transport transpacifique vers Shanghai et d’autres ports asiatiques. La construction d’un réseau ferroviaire transaméricain, reliant Chancay à Ilhéus au Brésil, est actuellement à l’étude.
Voilà en quoi consiste réellement l’opération au Venezuela. Le commandement Sud des États-Unis l’affirme très clairement : « Nous ne permettrons pas à la Chine de s’implanter sur le continent américain. » Car ils ne veulent pas que cela vienne menacer Wall Street et la City de Londres, déjà en faillite.
La carte ci-dessus illustre la perception de l’Amérique du Sud et des Caraïbes, en présentant quelques-uns des grands projets que la Chine a déjà réalisés ou proposé de réaliser au cours des deux dernières décennies. Il en existe d’autres, mais ceux-ci ne sont que quelques exemples. C’est donc l’option proposée aux observateurs du monde depuis les pays en développement, les pays du Sud. Comparons maintenant les réalisations chinoises avec les projets et réalisations des États-Unis en Amérique du Sud au cours des deux dernières décennies. Cette comparaison est visible sur la figure suivante :
Voilà donc les projets proposés par les États-Unis : zéro. Absolument rien.
Nous nous trouvons donc face à un système mondial d’une vulnérabilité et d’une dangerosité extraordinaires. Mais une transformation est possible si nous identifions ses vulnérabilités réelles et mobilisons toutes les nations, à l’échelle planétaire, autour d’une conception commune de l’humanité, fondée sur cette créativité qui nous rend unique, afin de développer l’économie de chaque nation.
C’est pourquoi j’affirme, et je conclurai sur ce point, que le concept d’Homme constitue la vulnérabilité fondamentale, le véritable talon d’Achille de l’ennemi qui nous fait face. Et il est aussi notre plus grande force, si seulement nous savons la reconnaître et l’exploiter.





