France 2027

Elections présidentielles : le hold-up des milliardaires

mardi 21 juillet 2026, par Christine Bierre

Il y a quelque temps, on disait aux Etats-Unis que Trump était le meilleur présidentiable que l’argent puisse acheter ! C’était l’époque où il prétendait qu’il pourrait amener l’Ukraine et la Russie à la table des négociations et arrêter la guerre en 24 heures. Depuis, que de promesses alléchantes non tenues ! Y compris celle, intéressante par ailleurs, d’un tunnel sous le Détroit de Béring pour sceller la paix entre la Russie et les Etats-Unis. Le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov disait récemment que « l’esprit d’Anchorage » était au point mort et qu’il soupçonnait qu’il n’ait servi qu’à faire gagner du temps aux Américains...

Depuis, sous la houlette de Benjamin Netanyahou, Trump, en lançant sa guerre contre l’Iran, a entraîné le monde beaucoup plus près d’une nouvelle guerre mondiale, doublée d’une crise énergétique globale pouvant dégénérer en cataclysme économique et financier grave. Aux Etats-Unis mêmes, le Congrès est sur le point de voter une loi qui fusionnerait le commandement des forces armées israéliennes avec celles des États-Unis ! Son adoption instituerait de facto un partenariat israélo-américain se concrétisant par la fusion du complexe militaro-industriel américain et israélien.

Bonne leçon pour la France, au moment où les milliardaires se tâtent, ici aussi, pour savoir s’ils vont tenter leur chance aux prochaines présidentielles ou parrainer leurs poulains. Sur la liste qui ne cesse de s’allonger : Vincent Bolloré, Mathieu Pigasse et désormais Michel-Edouard Leclerc

Eux aussi nous font des promesses alléchantes. De dialogue et de paix, tout d’abord. Les médias de Bolloré – les chaînes du Groupe Canal+ (C8, Canal+, CNews, CStar), l’éditeur Editis, les radios Europe 1 et RFM, ou encore Télé-Loisirs, Geo, Gala, Voici, Femme actuelle, Capital, Paris Match et le Journal du dimanche – sont les seuls à couvrir la position russe dans la guerre en Ukraine et à ouvrir leurs antennes à ceux qui tiennent compte du point de vue russe sur cette question. Début 2025, Bolloré a même embauché sur C- News et Europe 1 Xenia Fedorova, ancienne présidente de RT (Russia Today France), pourtant interdite en France comme tous les autres médias russes depuis 2023. Cette ouverture est saluée par ceux qui, à gauche comme à droite, veulent arrêter la marche aveugle du président Macron vers une troisième guerre mondiale.

Autre ligne adoptée par les médias Bolloré, la fin de la mondialisation « heureuse » et le nécessaire retour à un monde d’Etats-nations souverains. C’est sur le JD-News que Philippe de Villiers, possible candidat présidentiel, a pu s’exprimer en détail sur la nécessité pour la France de quitter l’OTAN, une question tabou hors des médias Bolloré.

Malheureusement, ces initiatives plutôt raisonnables sont accompagnées d’une charge virulente contre l’immigration, qualifiée à tort de « question vitale » pour la nation, sans la moindre tentative de proposer des solutions économiques et humaines qui permettraient, via une réindustrialisation et une politique nataliste en France, de réduire l’appel à la main d’œuvre étrangère.

La pétition de Philippe de Villiers, proposant un référendum populaire contre l’immigration (et qui a rassemblé plus d’un million et demi de signatures en une semaine), a été lancée par les équipes du JDD (Journal du dimanche) depuis son QG !

Aucune mention, bien évidemment, des propositions novatrices présentées par Jacques Cheminade lors de la campagne présidentielle de 2017, pour traiter cette question le plus humainement et le plus efficacement possible. L’État, disait-il, doit donner un signe fort en créant un grand ministère de la Coopération, du Co-développement et de l’Intégration, pour réunir et intégrer les deux aspects d’une même politique : l’impératif de développement des pays d’émigration et celui d’une gestion juste et prospective de l’immigration. Voir aussi, sur cette question, l’appel lancé par le pape Léon XIV dans sa dernière encyclique, qui rappelle la doctrine sociale de l’Eglise et souligne que c’est d’êtres humains qu’il s’agit.

Cette politique impliquerait une coordination entre la France et les pays d’origine des migrants, ainsi que des programmes de formation non seulement à la langue française, mais aux technologies mises en œuvre dans leur travail. Elle exigerait également que les gouvernements français écartent cette tique qu’est la France-Afrique, opérant comme une mafia servant ses propres intérêts, qui ne sont ni ceux de l’Afrique ni ceux du peuple français.

Quelle politique économique pour la France ?

Ceci nous amène à la question la plus délicate : pourquoi ces milliardaires veulent-ils prendre le pouvoir ?

Pensent-ils pouvoir faire bénéficier la France tout entière de leur capacité prouvée à amasser des milliards ? Difficile de croire à l’existence de la charité chrétienne dans ces milieux… Ou s’agit-il plutôt pour eux d’utiliser leur position de pouvoir pour sécuriser leurs empires, par ces temps de crise et de déclin de l’Occident, où le danger d’un nouveau krach ne cesse de grandir ? On a vu comment Trump pratique en permanence le délit d’initié, en utilisant de façon éhontée les informations d’insider dont il bénéficie en tant que président, pour spéculer massivement et accroître sa fortune personnelle et celle de sa famille !

Ce qui est certain est que les prochaines élections seront cruciales pour déterminer si la France retrouvera sa position de puissance médiatrice dans le monde, et si elle pourra entreprendre, avec les pays des BRICS et plus généralement du Sud global, les changements qui lui permettront de retrouver le chemin de sa pleine souveraineté économique et militaire.

Vincent Bolloré serait-il un Trump à la française ?

C’est là qu’il est important de savoir comment les milliardaires aujourd’hui au pouvoir, tels que Trump, avec ses 7 milliards de dollars de fortune personnelle, et ceux qui voudraient s’y hisser comme Vincent Bolloré (10,5 milliards), ont bâti leur propre fortune. Seraient-ils capables de construire un avenir pour la France ?

Il y a beaucoup de points communs entre les deux hommes. Tous deux pensent qu’il est possible de faire un accord de paix avec la Russie. Tous deux sont religieux : l’un prie avec les évangélistes chrétiens, l’autre s’affirme comme un fervent catholique. Sur les sujets qui fâchent, les deux sont nationalistes, très hostiles à l’immigration et se situent à l’extrême droite de l’échiquier politique. Quant à leurs ambitions politiques, si le premier est devenu président, l’autre affiche depuis quelques années une appétence qui se limite pour l’instant à vouloir parrainer, le moment venu, une candidature « souverainiste » à la présidence de la République.

Leurs parrains respectifs...

Autre parallèle, plus délicat celui-ci, tous deux furent parrainés dans leur ascension respective, le premier par Roy Cohn et la mafia immobilière newyorkaise, le second par celui qu’on surnomme « le parrain du capitalisme français », Antoine Bernheim.

Roy Cohn dirigea la chasse aux sorcières américaine contre les communistes dans le contexte du maccarthisme des années 1947-1954 et fut aussi l’avocat de la pègre. En France, le livre de référence sur cette question est celui de Jean-François Gayraud, paru chez Plon en octobre 2023, La Mafia et la Maison Blanche. Un secret si bien gardé, de Roosevelt à nos jours.

Commissaire général de la Police nationale, diplômé de Sciences Po Paris, de l’Institut de criminologie et docteur en droit, Jean-François Gayraud consacre un chapitre de 47 pages à Trump sous le titre : « Donald Trump, en affaires avec la Mafia ». Il confirme que Cohn « vit au centre d’un cloaque de gangsters, d’affairistes, de mafieux, de juges corrompus et de politiciens sans scrupule. Amoral, cet avocat juif et homosexuel caché tient cependant en public des propos antisémites et homophobes ».

Le parallèle semble s’arrêter là, mais ce serait mal connaître les banques d’affaires.

De 1967 à 1999, Antoine Bernheim fut gérant associé de la filiale parisienne de la banque Lazard Frères, dont le siège newyorkais est décrit à l’époque comme un modèle de sobriété. Au siège de Lazard, sur Rockefeller Center, rapporte Pierre de Gasquet dans son célèbre Antoine Bernheim, le parrain du capitalisme français, règne encore aujourd’hui « une atmosphère quasi monacale. Nul signe ostentatoire ou trace de luxe, hormis les portraits originaux des fondateurs Alexandre Weill et Alexandre Lazard, sur les murs de l’entrée. Les salles de réunion ressemblent à des cellules de couvent »...

Et pourtant... pour une fois, la page Wikipédia dit vrai sur Antoine Bernheim et révèle au commun des mortels que le financier, né le 4 septembre 1924 à Paris et mort le 5 juin 2012 en Suisse, est connu « pour avoir aidé Vincent Bolloré, Bernard Arnault, et François Pinault à construire leurs empires financiers ». Et en effet, leur fortune se monte aujourd’hui, en euros, à 10,5 milliards pour Vincent Bolloré, 151 milliards pour Bernard Arnaud et 26,9 milliards pour François Pinault !

Les poulies bretonnes

Avec les banquiers d’affaires, si on n’est pas dans l’argent de la mafia et des casinos, comme chez Trump, on n’est pas non plus dans l’investissement productif utile, au service du bien commun, loin de là !

La « banque d’affaires », à cette époque, c’est le monde feutré qui organise les « fusions et acquisitions », avec leur lot d’OPA hostiles et de montages permettant de se bâtir de véritables empires financiers à peu de frais. Ce qui compte pour ces banquiers, ce n’est pas tant l’argent gagnée que le sens de pouvoir « monter ces coups ». C’est à cette époque qu’Antoine Bernheim invente, pour ses amis français, le système dit des « poulies bretonnes ». Ce sont des montages de holdings en cascade, qui permettent aux hommes d’affaires de se bâtir de véritables empires financiers avec peu de capital. Nous sommes déjà à l’époque où la question à la mode porte sur la construction d’usines sans machines.

Voici comment certains expliquent ce mécanisme des « poulies bretonnes » : c’est une technique d’ingénierie financière qui permet de contrôler un groupe avec un apport en capital minime, en empilant plusieurs holdings les unes sur les autres. Le nom viendrait du financier Antoine Bernheim, mais c’est Vincent Bolloré qui l’a popularisée en 1988 pour prendre le contrôle de Bolloré Technologies.

Le principe

Voici un exemple simplifié du mode de fonctionnement (repris des sources) : un investisseur veut contrôler une société A valant 100. Il crée une holding B, qui achète 51 % de A (soit 51). Pour financer cet achat, B emprunte auprès d’une banque, disons 75 à 80 % du montant, le reste étant l’apport personnel. Une fois A acquise, A verse d’importants dividendes à B, qui servent à rembourser l’emprunt. On peut ensuite recommencer : une holding C achète 51 % de B, elle-même financée par emprunt et remboursée par les dividendes remontant de B, etc.

Le cas Bolloré illustre bien l’ampleur possible du mécanisme : en 1988, Vincent Bolloré a construit une cascade de six holdings, chacune détenant environ 51% de la suivante, jusqu’à Bolloré Technologies. Grâce à ce montage, avec seulement 50 millions de francs, soit 1,3% du capital de Bolloré Technologies, il détenait la totalité du pouvoir sur un groupe pesant 3 milliards de francs de capitalisation boursière !

C’est ce qui permet à certains de parler non pas de poulies bretonnes, mais de poulies friponnes !

Casino, l’exemple qui a mal tourné

C’est le cas le plus souvent cité pour illustrer les limites du système. Au 28 février 2023, Casino était détenu à 52,3% (64,4% des droits de vote) par la holding cotée Rallye, elle-même détenue par la Foncière Euris à 57,6%, elle-même contrôlée par Finatis à 90,8%, cette dernière étant possédée in fine à 92,6% par Euris, le holding personnel de Jean-Charles Naouri, qui ne détenait pourtant que 25% du capital de Casino. Ce montage n’est viable que si la société contrôlée peut verser régulièrement des dividendes permettant de rembourser les dettes des holdings sans nuire à sa croissance. Or Casino a connu une chute continue de sa part de marché, passant de 11% à moins de 6% en mai 2023, entraînant tout l’édifice dans une procédure de sauvegarde puis de conciliation.

Il est clair, après ce qu’on vient de dire, qu’une nation et son peuple doivent être à l’abri de ces pratiques spéculatives qui en détruisent la substance publique au profit des spéculateurs financiers privés.

Antoine Berheim et la politique

Concluons ce rapport en revenant sur les relations entre Antoine Bernheim et le monde politique. Question particulièrement importante pour éviter les conflits d’intérêt entre une poignée de financiers et le peuple, n’est-ce pas ?

Dans ce contexte, Pierre de Gasquet cite, à titre d’avertissement, ces paroles fortes de François Mitterrand : « Mitterrand avait mis en garde le Parti socialiste au congrès d’Epinay de juin 1971 contre ‘toutes les puissances de l’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes. Ces puissances d’argent qui hantent la vie politique française depuis le scandale du canal de Panama en 1889, Antoine Bernheim les a assidûment fréquentées depuis l’après-guerre. Il n’en tire aucun titre de gloire, mais il se plaît souvent à rappeler qu’il a lui-même aidé à façonner quelques fortunes de premier plan’. »

La trop célèbre Brasserie Fouquets où a eu lieu la célébration de l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et qui marqua à tout jamais ce dernier de président bling-bling.

La relation de Bernheim avec Nicolas Sarkozy, qu’il a fortement incité à devenir président, est particulièrement importante à scruter. Sa fidèle collaboratrice, Anne-Marie de Chalembert, voit sa rencontre avec Nicolas Sarkozy comme une étape fondamentale : « Ce n’était pas tout à fait comme un père et un fils, mais ils étaient très complices.

« Pour preuve, lors de la remise de son insigne de Grand-croix de la Légion d’honneur devant la fine fleur du CAC 40, Nicolas Sarkozy ne lui a-t-il pas lâché : ‘Si je suis là aujourd’hui, c’est grâce à toi’ ? Des années durant, Antoine Bernheim ne lui a-t-il pas répété : ‘tu es né pour faire de la politique ; tu es le meilleur et tu seras président’ ? »

Le jour de la cérémonie à l’Elysée, il y avait Bernard Arnault (LVMH), Claude Bébéar (AXA), Vincent Bolloré, David de Rothschild, John Elkann, le dauphin de Gianni Agnelli, le milliardaire franco-polonais Romain Zaleski, etc. Un « échantillon représentatif des patrons les plus influents de l’establishment français venus honorer leur ‘mentor’... et celui du chef de l’Etat ; tous lui sont plus ou moins redevables de l’essor de leur patrimoine. (…) Avec Vincent Bolloré, il y a une admiration rare. Bolloré adore Antoine et le soutiendra toujours ».

L’importance de cette question de conflit d’intérêt entre le chef de l’État et la nation nous est rappelée par le contexte où elle a été posée, comme l’illustre ce commentaire de média relevé en 2008, pendant la grande crise financière :

« Faisant parti d’un cercle exclusif de dirigeants du monde des affaires, Bernheim avait un accès direct au Palais de l’Elysée. Selon ces sources, en 2008, durant la crise financière, Sarkozy a bénéficié des conseils financiers venant de Bernheim sur la façon de stabiliser le marché et d’organiser les sauvetages des banques. »

A l’époque, suite à la grande crise de 2008, Jacques Cheminade, président du parti Solidarité & Progrès, appelait à un redressement du système financier international et à instaurer un nouveau système de Bretton Woods. Il avait même proposé son projet aux conseillers du président, qui n’ont jamais répondu à ses propositions. Plus tard, alors que François Hollande avait désigné la finance comme son ennemi, il reprit son bâton de pèlerin auprès d’un secrétaire général adjoint de l’Elysée, un certain Emmanuel Macron, tout aussi négatif pour changer de cap.

Mais poussons plus loin cette question de conflit d’intérêt. 1995, Jacques Cheminade est candidat à l’élection présidentielle, contre les forces du fascisme financier qui tentent d’imposer l’austérité au peuple. A la fin de la campagne, Cheminade, le plus « petit » des candidats de par son budget de campagne, voit ses comptes invalidés par le Conseil constitutionnel sous de faux prétextes.

Entre 1993 et 1995, les choses se passent de façon très différente pour le haut fonctionnaire Nicolas Bazire. Nommé directeur de cabinet du Premier ministre, Edouard Balladur, pendant la deuxième cohabitation, il supervise, à Matignon, la privatisation d’entreprises publiques, choisissant les principaux actionnaires qui contrôleront le capital des sociétés privatisées.

En janvier 1995, Nicolas Bazire devient le directeur de campagne d’Édouard Balladur pour l’élection présidentielle de 1995. Il prend ensuite la présidence de l’« Association pour la réforme », créée par Balladur après l’élection présidentielle de 1995.

Fin 1995, il est nommé associé-gérant de la banque Rothschild & Cie, chargé des fusions-acquisitions. Nommé président de son Conseil des commanditaires en 1999, il quitte ses fonctions opérationnelles et devient alors directeur général du Groupe Arnault, fondé par Bernard Arnault, ainsi que membre du comité exécutif d’LVMH. Et il a su se recycler dans la macronie, où il fait partie du grand débat national avec les Gilets jaunes. Il fallait oser !

Voilà pourquoi nous pensons que la place des milliardaires n’est pas à la présidence de la République ou dans ses parages, et qu’il faut vite trouver un mouvement qui reprenne à son compte les exigences, toutes les exigences, du préambule de la Constitution de 1958. (Voir page…)

L’on remarquera en conclusion que nous n’avons rien dit sur le cas de Mathieu Pigasse, version gauche Lazard du droitier Bolloré – opinions en apparence opposées mais mêmes serviteurs du système, acheteurs d’une presse non par opportunisme financier (ils y perdent de l’argent), mais pour manipuler l’opinion. Attendons la fin.