Guerre de Trump en Iran : stratégie géopolitique ou croisade religieuse ?

mardi 10 mars 2026


La manière dont la guerre israélo-américaine a été lancée le 28 février, ainsi que les conséquences désastreuses, déjà observables et potentielles, pour la région du Moyen-Orient autant que pour la stabilité et l’économie mondiales, posent une question simple à laquelle il est bien difficile de répondre : quelle est la stratégie de Donald Trump ?

Que l’état de guerre soit devenu la politique de Benyamin Netanyahou pour se maintenir au pouvoir et éviter de se retrouver derrière les barreaux, tout le monde peut le comprendre. Mais qu’est-ce que le président Trump a à gagner d’un conflit qui fait fondre sa base MAGA comme neige au soleil et qui, de plus, risque d’être stoppé net par le Congrès, en vertu de ce que dit la Constitution américaine sur les pouvoirs de guerre ?

Trouver un début de réponse à cette question implique de prendre en compte un aspect que les médias ont, délibérément ou pas, complètement occulté : la dimension religieuse de la « croisade », pour reprendre le terme du secrétaire à la Guerre lui-même, dans laquelle l’administration Trump vient d’entraîner les États-Unis.

Du parapluie au paratonnerre

Les dirigeants des pétromonarchies du Golfe avaient fait ce calcul : les bases militaires américaines installées sur leur sol devaient constituer leur police d’assurance. Depuis le 28 février, ils découvrent non seulement qu’ils ont investi en pure perte, mais que l’effet est exactement l’inverse.

L’Iran a déclaré qu’il ne frapperait pas les pays voisins, à moins qu’ils ne servent de tremplin pour des attaques contre l’Iran. C’est ainsi que l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, qui n’ont pas choisi cette guerre, voient pleuvoir des missiles iraniens sur les bases ou ambassades américaines se trouvant sur leur sol. Et ces missiles continuent d’affluer, en dépit des rodomontades de Trump assurant que l’Iran allait cesser de frapper ces pays.

https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/posts/116187586876366061

La réalité est que le « parapluie de sécurité » est devenu un paratonnerre. Et à mesure que les stocks de missiles intercepteurs israéliens et américains s’épuisent (chacun coûtant environ 500 ?000 euros, tandis que les drones iraniens qu’ils détruisent n’en coûtent que 20 000), les pétromonarques doivent se demander : la présence militaire américaine dans le golfe Persique, au lieu d’être un atout stratégique pour nous, ne serait-elle pas plutôt un handicap stratégique ?

Pourquoi Trump et sa secte prennent-ils le risque de déstabiliser ainsi l’ensemble de la région du Moyen-Orient ? D’autres questions se posent : pourquoi cette attaque a-t-elle été lancée soudainement, avec une violence aveugle causant des centaines de victimes civiles dans des écoles iraniennes ou des hôpitaux libanais, alors que se tenaient les négociations sur le nucléaire iranien ? 

Pourquoi se lancer dans un tel conflit, sachant que les conséquences économiques seraient désastreuses, avec l’explosion du prix des hydrocarbures, y compris sur une économie américaine déjà exsangue ?

« Armageddon »

Mais poser cette question en termes purement stratégiques, c’est passer à côté de ce qui motive réellement les événements, car si la guerre contre l’Iran ne peut être comprise que comme un projet stratégique, elle a aussi un puissant moteur religieux.

L’opération israélo-américaine – tentative de démembrer l’Iran, construction d’un Grand Israël du Nil à l’Euphrate, démolition du Dôme du Rocher pour y ériger le Troisième Temple à la place – ne trouve sa raison d’être dans aucun calcul rationnel de l’intérêt national, mais s’appuie sur une interprétation textualiste des Evangiles.

Et elle est appliquée par l’appareil militaire le plus puissant de l’histoire de l’humanité, dont les officiers de terrain ont déposé plus de 110 plaintes au cours des 48 premières heures de la guerre, rapportant que leurs supérieurs leur avaient affirmé que Trump avait été « oint par Jésus pour allumer en Iran le feu du signal afin de provoquer l’Apocalypse ».

Le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a utilisé le mot « croisade » sans que cela semble le gêner le moins du monde.

Lyndon LaRouche

Il ne s’agit pas de simples accents rhétoriques, mais d’une théologie animant toute la chaîne de commandement. En 2003, dans le contexte de la guerre d’Irak, l’économiste et homme politique américain Lyndon LaRouche (2022-2019) avait identifié l’« angle mort » que constitue la difficulté d’une société laïque à prendre en compte la motivation religieuse, ce qui représente une vulnérabilité stratégique en soi.

La séparation de l’Église et de l’État, soutenait-il, est « l’arme la plus efficace pour défendre l’institution de l’État-nation moderne contre la corruption par de tels cultes terroristes ». Nous ne devons pas laisser l’État se faire l’instrument d’un corps religieux, ni un corps religieux devenir celui de l’État. Lorsque cela se produit, l’État-nation, en tant que véhicule de promotion du bien commun opérant avec le consentement éclairé des gouvernés, cesse d’exister.

C’est précisément ce qui est en train d’arriver. Comme le rapporte le Times of Israel, une semaine avant le lancement de la guerre, un rapport classifié du Conseil national du renseignement américain concluait qu’une attaque militaire à grande échelle par Israël et les Etats-Unis ne pourrait conduire à un changement de régime en Iran.

L’establishment clérical et militaire iranien a des protocoles de succession conçus précisément pour ce scénario, et la prise du pouvoir par l’opposition était « peu probable ». L’attaque a eu lieu malgré tout, car cette guerre a été lancée non pas sur la base d’une analyse du renseignement, mais sur la base d’une prophétie.

Marche aveugle vers le gouffre

Les conséquences arrivent, quelle que soit la théologie. Le détroit d’Ormuz voit transiter un cinquième du pétrole mondial. Le ministre de l’Énergie du Qatar a averti la semaine dernière que cette perturbation pourrait « faire chuter les économies mondiales ».

L’économie américaine a perdu 92 000 emplois en février, et ce, avant même que le choc pétrolier ne commence à affecter les prix à la consommation. Avec la fermeture par BlackRock de l’un de ses grands fonds de crédit privé, les premières secousses se manifestent dans le « shadow banking », véritable bombe à retardement de 1800 milliards de dollars.

L’Occident semble lancé dans une fuite en avant dont la destination lui est inconnue. Et cette fuite en avant s’accélère comme si le mouvement lui-même en était le but.

Pour la présidente internationale de l’Institut Schiller Helga Zepp-LaRouche, interviewée le 7 mars sur PakistanTV, l’attaque illégale américano-israélienne contre l’Iran est « la pire chose qui ait pu arriver à l’humanité. Cela peut conduire à un effondrement civilisationnel ou à une Troisième Guerre mondiale, une guerre nucléaire », a-t-elle déclaré, appelant tous les pays et personnes de bonne volonté à s’y opposer de toutes leurs forces.

Heureusement, tout le monde n’a pas complètement perdu la raison. Le 5 mars, le pape Léon XIV a appelé les dirigeants mondiaux à « abandonner les projets mortifères » et à trouver le courage de chercher la paix et le désarmement.

L’ancien député américain Dennis Kucinich a déclaré que l’Iran pourrait devenir « le cimetière de l’Empire américain » et que l’action de Washington, en particulier l’assassinat de l’Ayatollah Khamenei, chef spirituel de près de 130 millions de musulmans chiites, représente en tant que telle un appel au djihad et, en tout cas, une incapacité à comprendre la culture et l’histoire perses.

Le colonel Richard Black, ancien Marine et ancien chef du service juridique du Pentagone, rappelle aux commandants du « Grand Réveil » que Jésus a déclaré « heureux les pacificateurs ».

A Bruxelles, le parlementaire européen et ancien secrétaire général adjoint de l’ONU Michael von der Schulenburg avertit, sur la base de ses trois décennies d’expérience sur le terrain en Iran, en Irak et en Afghanistan, que cette guerre « ouvre les portes de l’enfer ».

Cependant, en Europe et dans les couloirs du Congrès américain, ainsi que dans la propre base électorale de Trump, un malaise croissant se fait jour, et il est certain que la mobilisation populaire contre cette guerre illégale sera l’élément déterminant pour empêcher un basculement dans une troisième guerre mondiale.

En particulier aux États-Unis, où Trump sera obligé, au bout de quatre semaines de conflit, de demander l’autorisation au Congrès pour poursuivre ses opérations militaires.