Israël : comment sa « guerre de l’eau » contre Gaza fait boomerang

jeudi 1er octobre 2026, par Karel Vereycken

Image générée par IA.

Cinq des six usines de dessalement côtières d’Israël, qui transforment l’eau de mer en eau potable, ont fermé leurs portes le 30 août, a rapporté CNN le 4 septembre, citant Mekorot, la compagnie nationale israélienne des eaux.

Selon les médias israéliens, ces usines produisent plus de 80 % de l’eau potable d’Israël. Certaines usines privées ont depuis repris partiellement leur activité. Cependant, au 3 septembre, une seule fonctionnait à pleine capacité. Le 7 septembre, deux usines restaient fermées et trois autres fonctionnaient au ralenti pour le neuvième jour consécutif, rapportait le Times of Israel.

Les autorités ont réagi en limitant la consommation d’eau, en augmentant les prélèvements dans les réservoirs et le lac de Tibériade, et en restreignant les approvisionnements destinés à l’agriculture, d’après le quotidien d’opposition Haaretz.

Les usines de dessalement du pays utilisent principalement une technologie appelée « osmose inverse », consistant à prétraiter l’eau pour éliminer les contaminants les plus nocifs avant de la faire passer à travers des membranes filtrant le sel, les bactéries et autres molécules afin d’obtenir de l’eau potable. Cependant, une forte prolifération d’algues et des substances qu’elles produisent peut encrasser et endommager ces membranes. Si la quantité de matières en suspension dans l’eau est trop importante, les procédés de traitement ne peuvent plus remplir leur rôle.

On pense que la prolifération massive de microalgues observée aujourd’hui provient du delta du Nil et a été transportée vers le nord par des courants marins le long des côtes israéliennes.

Auto-contamination

Cependant, selon des experts environnementaux, les eaux usées non traitées de Gaza, riches en nutriments, ont aggravé les conditions propices au développement de ces microalgues. Les six stations d’épuration de Gaza ont été endommagées ou détruites par l’armée israélienne, laissant ainsi des eaux usées non traitées se déverser dans la Méditerranée pendant des mois. Une eau fortement polluée a, à son tour, contaminé la nappe phréatique dont dépendent de nombreux habitants.

L’OMS a alerté début septembre sur la dégradation de la qualité de l’eau à Gaza, qui accroît le risque d’épidémies. Les pluies hivernales pourraient aggraver la propagation des eaux usées et contaminées dans les camps de déplacés surpeuplés. La contamination microbiologique des échantillons d’eau a presque triplé depuis début 2026. Le nombre de cas de diarrhée aqueuse aiguë a quasiment doublé, passant d’environ 30 000 en mars à plus de 58 000 en août.

Pour les Palestiniens de Gaza, la crise de l’eau israélienne n’a pas commencé par une prolifération d’algues, mais par la destruction délibérée de leurs infrastructures d’eau et d’assainissement, dans le cadre du génocide perpétré par Netanyahou à leur encontre. L’humanité est une, et ce qu’on fait à son prochain, c’est à soi-même qu’on le fait.

Le Plan d’Oasis de l’Institut Schiller se fonde précisément sur ce principe qui doit s’incarner par une politique « d’eau pour la Paix ».

Comme soulignait notre regretté ami Ofer Bronchtein (1957-2025), ancien conseiller de Yitzhak Rabin, une production accrue d’eau douce, équitablement partagée et au service du développement de toute la région, reste un pilier incontestable d’une paix durable, seule garant de la dignité et de la sécurité pour tous.