En 2006, Peter Thiel, fondateur de Palantir, a cofondé Dialog, une organisation privée accessible uniquement sur invitation qui rassemble des investisseurs, des banquiers, des officiels américains, des personnalités gouvernementales étrangères (notamment Kaja Kallas, figure de proue des faucons de l’UE) et des dirigeants de la Silicon Valley, lors de retraites annuelles à huis clos.
L’analyste Gerardo Spagnuolo notait sur le site web de la Fondation du Collège de défense de l’OTAN que parmi les participants à Dialog figuraient des représentants des deux grands partis américains, « bien que fortement orientés vers le libertarianisme », issus du Congrès et du Sénat américains, des responsables des services de renseignement et de la défense, ainsi que des dirigeants européens préoccupés par la souveraineté numérique, aux côtés de penseurs tels que des psychologues et autres logiciens.
Selon Spagnuolo, le noyau dur de ces rencontres est constitué « d’architectes des nouvelles industries de la défense et de l’intelligence artificielle », parmi lesquels figurent Palmer Luckey, Alex Karp, Elon Musk, ainsi que des représentants d’Andreessen Horowitz et du Founders Fund de Peter Thiel.
Le site d’investigation WIRED précise que ce qui unit les participants, ce ne sont pas leur titre ou leur profession, mais « un intérêt commun pour l’intelligence artificielle, la longévité et l’avenir proche », (le genre de projet transhumaniste malfaisant contre lequel le pape Léon XIV met en garde dans sa dernière encyclique).
Le scoop de la semaine, c’est que le 16 juin, le média d’investigation WIRED a mis la main sur la liste des 222 participants devant se réunir lors d’un événement Dialog, du 12 au 16 août en Irlande. Comme quoi la sécurité, y compris de leurs réunions secrètes, ne semble pas obséder les grands patrons de l’IA.
Également révélés, les thèmes des sessions : « Points de vue anticonformistes sur l’IA », « Trois prédictions pour l’Iran », « La démocratie sous surveillance », « L’argent (peut-il ?) acheter le bonheur », « Le retour du nucléaire », « Désinformation et deepfakes », « Naviguer dans la Troisième Guerre mondiale », « Technologies de combat », « C’est amusant d’être aux commandes » et « Comment va votre vie sexuelle ».
Parmi les autres sujets à l’affiche, citons « Créer une secte », animé par le fondateur du site de réseautage chrétien Pray.com, et « Créer un parti », animé par un ancien responsable de la sécurité nationale à la Maison Blanche.
Dialog apparaît également comme un vaste rallye mondain permettant aux « gens bien » des beaux quartiers de se reproduire entre eux. Son formulaire d’inscription demande aux participants s’ils sont « à la recherche de l’amour » et propose d’inclure les répondants « homme célibataire », « femme célibataire » ou « autre » dans de « futures rencontres ». Un site distinct, dating.dialog.org, héberge une application présentée comme permettant de « créer des liens significatifs pour des personnes d’exception ». Enfin, puisqu’un peu d’alcool peut toujours aider, parmi les activités optionnelles figurent des visites privées d’une distillerie, de la cathédrale Saint-Patrick et du Guinness Storehouse.
La liste des participants aux évènements de Dialog a de quoi impressionner. Selon WIRED,
Parmi eux, on trouve un groupe de cadres de Google et de Google DeepMind, dont Tom Lue, responsable des affaires internationales au sein de la division d’IA de pointe de l’entreprise, ainsi qu’une journaliste d’investigation, Souad Mekhennet, correspondante chargée des questions de sécurité nationale pour le Washington Post.
Invités, dans un formulaire d’inscription, à prédire l’avenir, les participants reviennent sans cesse sur le même thème : l’IA va bouleverser le monde du travail, de la guerre, de l’éducation et des croyances d’ici quelques années. Plusieurs prévoient des licenciements massifs et un retour en force des syndicats et des programmes gouvernementaux. D’autres prédisent un « hiver de l’IA », des actes de terrorisme intérieur visant les centres de données, des accusés préférant faire appel à des avocats IA plutôt qu’à des avocats commis d’office, ou encore un renouveau religieux provoqué par ces bouleversements. « La dégénérescence de la société, prédit un participant, continuera de s’accélérer. »
Les membres s’attribuent également des talents tels que « la construction de maisons hantées », « l’imitation d’accents », « le ski hors-piste », « l’exploration urbaine » et « l’exploration méditative et psychédélique de la nature de la réalité ». L’un propose « la compassion et l’angoisse existentielle », un autre « les dîners entre amis, garder des secrets, se souvenir des anniversaires ».
Sans craindre le moindre conflit d’intérêts, écrit WIRED,
Dans un e-mail privé, Thiel et Hoffman avaient même proposé, sans succès, à Jeffrey Epstein de s’inscrire à l’événement Dialog de 2014. Hoffman figure sur la liste aux côtés du secrétaire au Trésor Scott Bessent, dont le département élabore les règles relatives aux données financières, et du sénateur Ted Cruz, président de la Commission du commerce, des sciences et des transports, qui supervise la Commission fédérale du commerce et son autorité en matière de protection des données. Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir, dont les logiciels gèrent les dossiers de l’agence américaine de l’immigration et des douanes (ICE) ainsi que la fusion des données pour le Pentagone et la communauté du renseignement, figure dans le même cercle que le
secrétaire à l’Armée Dan Driscoll et le représentant Jim Himes, membre de haut rang de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants, qui supervise les agences avec lesquelles Palantir a conclu des contrats. Parmi les habitués figurent Shmuel Abramzon, économiste en chef au ministère des Finances israélien, Randy Kroszner, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, qui siège désormais au Comité de politique financière de la Banque d’Angleterre, Hallie Hoffman, ancienne directrice juridique et cheffe de cabinet par intérim de la Drug Enforcement Administration, Jonathan Greenblatt, directeur général de l’Anti-Defamation League, Peter Goettler, président du Cato Institute, Ryan Stowers, directeur exécutif de la Fondation Charles Koch, etc.
Un gouvernement secret mondial ? Pas du tout, juste des gens qui savent défendre leurs intérêts.




