Marwan Barghouti, le « Mandela palestinien », annonce sa candidature à la présidence

mardi 21 juillet 2026, par Karel Vereycken

Les relations israélo-palestiniennes pourraient prendre un nouveau tournant. Le 15 juin, selon l’agence de presse palestinienne officielle Wafa, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a publié un décret convoquant des élections présidentielles début 2027 et des élections législatives en novembre prochain. Aujourd’hui âgé de 90 ans, il avait remporté la dernière élection présidentielle palestinienne en 2005 pour un mandat de quatre ans, qui aurait donc dû s’achever en 2009. Cependant, aucune élection présidentielle n’a eu lieu depuis, Mahmoud Abbas gouvernant par décrets présidentiels, ce qui lui vaut des critiques tant au niveau national qu’international.

Selon le quotidien israélien d’opposition Haaretz, le dirigeant palestinien Marwan Barghouti, actuellement incarcéré dans une prison israélienne, « a déclaré à son avocat qu’il était déterminé à se présenter et qu’il ne se retirerait pas si des élections étaient organisées ». L’historien français Vincent Lemire confirme sur Facebook que Barghouti vient d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle qui se tiendra début 2027. « Même de prison, je resterai candidat », aurait-il déclaré.

Surnommé le « Mandela palestinien » pour son combat de plusieurs décennies et son intégrité, Marwan Barghouti symbolise l’expérience de l’incarcération : emprisonné pour la première fois en 1976 à l’âge de 18 ans, il est incarcéré depuis 2002. 40 % des Palestiniens ont été emprisonnés à un moment ou un autre de leur vie.

Membre du Fatah depuis 1973, il a été élu député de Ramallah en 1996 et lutte activement depuis contre la corruption au sein de l’Autorité palestinienne, pour l’égalité des sexes et pour un dialogue rigoureux avec les Israéliens. Il s’est rendu plusieurs fois en Israël pour créer un groupe d’amitié parlementaire israélo-palestinien avec des membres de la Knesset.

Barghouti a joué un rôle actif lors de la Première Intifada (il a été arrêté en 1987 et expulsé vers la Jordanie) et lors de la Seconde Intifada (en tant que chef du Tanzim, la branche armée du Fatah). Il a survécu à une tentative d’assassinat perpétrée par Israël en 2001 (un missile tiré sur sa voiture a tué son garde du corps).

Arrêté en 2002, il a été condamné à cinq peines de prison à perpétuité. Depuis, il est le leader incontesté du « Mouvement des prisonniers », qui rassemble des militants de toutes les factions palestiniennes dans le but de parvenir à la réconciliation nationale.

En juin 2006, « l’Appel des prisonniers », signé par des militants du Fatah, du Hamas, du Jihad islamique, du Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP) et du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), déclarait qu’un État palestinien devait être établi « dans les frontières de juin 1967 ».

Quelques citations de Marwan Barghouti :
« Moi-même, ainsi que le Fatah dont je suis membre, nous opposons fermement à toute attaque contre des civils à l’intérieur d’Israël, notre futur voisin. Je cherche à libérer mon peuple, pas à tuer celui d’en face. »
« Nous voulons un État palestinien vivant à côté de l’Etat israélien. Je soutiens sans équivoque l’idée de deux États pour deux nations. »
« Nous ne pouvons pas dissocier la libération de la terre et la libération du peuple. Nous aurons donc besoin d’une révolution dans nos systèmes éducatif, intellectuel et culturel. »

Agé de 66 ans, Marwan Barghouti jouit d’une immense popularité, tant en Cisjordanie qu’à Gaza. Tous les sondages indiquent qu’il remportera une victoire écrasante lors des prochaines élections présidentielles palestiniennes.

Le 18 juillet, dans une tribune publiée par Le Monde, l’ancien ambassadeur israélien en France, Elie Bernavi, appelle à la libération du dirigeant palestinien, alléguant que Barghouti a toujours défendu le projet d’une Palestine souveraine vivant en paix aux côtés d’Israël.

« J’ai rencontré Barghouti à deux reprises, écrit Bernavi, à Madrid, à l’époque où je participais à l’une de ces négociations officieuses qui accompagnaient le processus d’Oslo. Sa vision était claire, parfaitement charpentée et éloquemment défendue : un Etat palestinien souverain, vivant en paix aux côtés de l’Etat d’Israël et coopérant avec ce dernier au service des deux peuples. Un quart de siècle plus tard, il n’a pas changé d’un iota. Qu’on le comprenne bien, c’est cela qui le rend dangereux. Cette vision-là est incompatible avec celle du pays ‘de la mer au Jourdain’, version juive ou palestinienne – peu importe, c’est la même, basée sur la négation de l’autre. »

Bernavi critique vertement la politique suicidaire de régime Netanyahou :

« Réinstallé au pouvoir en 2009, Benyamin Netanyahou, lui, a estimé à juste titre que le Hamas était le ‘meilleur rempart’ contre Barghouti. C’est cela qui nous a conduits au 7 Octobre. Si, dans le chaos, le désespoir et le nihilisme ambiants, l’on veut préserver une chance de solution au sempiternel conflit israélo-palestinien, il faut libérer Barghouti. C’est là que le politique rejoint l’humanitaire. Sous l’autorité d’Itamar Ben Gvir, le ministre fièrement fasciste de la sécurité nationale et ministre de tutelle du système pénitentiaire, Marwan Barghouti est affamé, torturé, régulièrement passé à tabac et systématiquement privé de soins. Au-delà de la mobilisation populaire, la campagne pour sa libération qui démarre en France doit aboutir à une véritable action diplomatique. Il faut faire vite, car l’homme est simplement en danger de mort. »

Pour donner l’exemple, la Ville de Saint-Denis – Pierrefitte a élevé Marwan Barghouti au rang de citoyen d’honneur le 1er juillet, en présence de Fadwa Barghouti, l’épouse du dirigeant. « Par cette décoration, vous avez honoré l’ensemble des 15 millions de Palestiniens dans le monde », a-t-elle déclaré au maire Bally Bagayoko.

Le soir, plusieurs centaines d’habitantes et habitants se sont réunis sur le parvis de la mairie pour affirmer leur soutien au peuple palestinien et le drapeau de la Palestine a ensuite été hissé sur le fronton de l’hôtel de ville de Saint-Denis.

L’année dernière, lorsque Trump faisait encore miroiter sa volonté d’obtenir le prix Nobel de la paix en facilitant un accord de paix, Mme Barghouti, dans un communiqué publié le 23 octobre 2025 par la revue TIME, lui avait lancé cet appel : « Monsieur le Président, un véritable partenaire vous attend, un partenaire capable de contribuer à la réalisation de notre rêve commun d’une paix juste et durable dans la région. Pour la liberté du peuple palestinien et la paix de toutes les générations futures, aidez à faire libérer Marwan Barghouti. »