Même certains banquiers américains pensent qu’il faut annuler la dette

mardi 1er septembre 2026, par Karel Vereycken

Il a osé le dire et l’écrire. Dans une tribune libre intitulée « Une solution sumérienne à notre déficit de 40 000 milliards de dollars » publiée le 22 août dans le New York Times, Paul Vigna, rédacteur-en-chef de la prestigieuse revue American Banker, souligne (sans mentionner le combat historique de l’économiste américain Lyndon LaRouche (1922-2019) sur le sujet) que face à une dette américaine qui explose, l’annulation des dettes, jusqu’ici considérée comme un crime absolu par les monétarismes, est précisément ce qui a permis à l’humanité de survivre au fil du temps.

Vigna rappelle à ses lecteurs :

« Le monde antique avait une conception différente de la nature de la monnaie, ce qui explique pourquoi la remise de dettes est devenue pratique courante dans leurs cultures. »

Tout en omettant le cas plus récent du traité de Westphalie de 1648 (qui prévoyait des annulations sélectives de dettes de guerre), il cite le cas bien connu de Sumer, que nous avons amplement documenté sur le site de Solidarité & Progrès.

« On attribue aux anciens Mésopotamiens l’invention de la monnaie, écrit Vigna. Ils ont inventé les prêts et les intérêts composés. Ils comprenaient ce système et sa propension à s’effondrer lorsque les dettes s’envolaient. C’est pourquoi ils ont également inventé autre chose. Il y a environ 4400 ans, un roi mésopotamien nommé Enmetena promulgua un édit : pratiquement toutes les dettes publiques, déclara-t-il, sont annulées (…) Les personnes réduites en esclavage furent libérées. Des édits similaires restituèrent leurs terres aux agriculteurs qui les avaient perdues au profit de leurs créanciers. »

Comme le précise Vigna, le mot amargi (« retour à la mère » ou plus précisément « retour à un état originel ») désignant ces annulations signifie liberté en sumérien, car les mauvais payeurs purgent généralement de longues peines de prison.

« Comme on pouvait s’y attendre, les personnes à qui l’on devait de l’argent n’étaient pas toujours satisfaites… À Athènes, le souverain Solon instaura une série de réformes vers 594 av. J.-C. qui annulaient les dettes. Ces changements rencontrèrent une vive opposition de la part de l’élite dirigeante.

« Si cette pratique a souvent fonctionné dès le départ, c’est parce que le monde antique avait compris une chose de notre système monétaire que nous avons largement oubliée : la monnaie est une construction sociale. Elle n’est pas réelle, contrairement à un arbre ou une pierre. Le système monétaire et de crédit est une invention humaine. C’est un outil de comptabilité pour la distribution des ressources. Et puisque la monnaie est une création humaine, nous pouvons la modifier au besoin. »

Vigna conclut :

« L’annulation généralisée de la dette publique doit être prise au sérieux, ne serait-ce que comme mécanisme de refonte de la pensée économique. […] Il est peu probable que nous assistions à un amargi moderne, mais en tant qu’ensemble de principes pour repenser notre rapport à la monnaie, son applicabilité est riche. » Et d’ajouter : « Nos dettes ne vont pas disparaître comme par magie. Sans un effort concerté, nous nous préparons à un effondrement économique de plus en plus probable… Nous devons commencer à considérer la monnaie et la dette comme on les concevait autrefois : comme un système de distribution des ressources qui, comme tout système, peut être périodiquement réinitialisé. »

En annonçant son article sur son compte X, Vigna précise :

« Il n’y a pas de solution conventionnelle à ce problème. Il nous faut une solution non conventionnelle. J’en ai proposé une dans le New York Times : annuler la dette. Totalement. Après tout, c’est ce qu’on faisait dans l’Antiquité. »

Bien entendu, il s’agirait non pas d’une annulation généralisée et aveugle, ruinant de façon indiscriminée aussi bien l’épargnant que le spéculateur, mais d’une mise en faillite ordonnée de tout un système, comprenant aussi bien, après triage des créances, la protection de l’épargne et des dépôts que le passage par pertes et profits des énormes quantités de titres spéculatifs. Le principe d’amargi, mais ajusté au monde moderne.


Jacques Cheminade en tournée pour dédicacer son livre

Principes pour inspirer une France qui parle au monde

Election présidentielle : de quoi parle-t-on ?


L'auteur vous recommande :