Déclaration de Solidarité & Progrès

PPE3, barrages : corruption verte et financière contre intérêt public

lundi 23 février 2026

Les récentes décisions du gouvernement Lecornu au sujet de l’énergie illustrent de manière caricaturale comment l’écologisme et l’économie de marché peuvent faire bon ménage... au détriment d’un environnement plus sain et d’un véritable développement économique pour la France et l’Europe.

Mais soyons clairs : l’actuel gouvernement n’innove pas sur ces questions. Tout comme pour ses prédécesseurs depuis la fin de l’époque du Plan Messmer, ce qui manque ici c’est un État stratège et une vision à long terme : après tout, n’est-ce pas ce même Sébastien Lecornu qui, alors qu’il était secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire (Nicolas Hulot puis François de Rugy) avait œuvré à la fermeture des deux réacteurs nucléaires de Fessenheim en parfait état de marche ?

Et après on pourra toujours parler de « réindustrialiser la France » et de « relancer le nucléaire »...

Le long psychodrame de la PPE3

Alors commençons par résumer les faits concernant la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie), cette feuille de route de la politique énergétique de la France pour la période 2025-2035, qui vient d’être adoptée par décret ce 13 février 2026.

Ce document a fait l’objet de nombreuses critiques et révisions depuis plusieurs mois, mais à voir le résultat final, on serait tenté de dire qu’il faut que tout change pour que rien de change, tant cette version ressemble aux précédentes.

Sur quoi portent ces critiques ? Sur le soutien de l’État à un développement massif, coûteux et nuisible d’énergies renouvelables intermittentes (ENRI), c’est-à-dire éoliennes et panneaux solaires. Depuis deux ans, de nombreuses voix compétentes se sont élevées pour protester contre ce gaspillage, parmi lesquelles on peut citer l’Académie des sciences et l’Académie des technologies.

Le 1er décembre 2024, une quinzaine d’experts des questions énergétiques (dont Henri Proglio, ancien Président d’EDF, Hervé Machenaud, ancien Directeur exécutif d’EDF, André Merlin, ancien Président fondateur de RTE) ont également cosigné une lettre ouverte dans Le Point, dénonçant une installation « à marche forcée » d’ENRI.

Le problème numéro 1 des ENRI se trouve dans leur intermittence qui déstabilise l’ensemble du réseau électrique : contrairement aux ressources pilotables que sont le nucléaire, les énergies fossiles et les barrages dont la production d’électricité est prévisible, les ENRI ne produisent que lorsqu’il y a du soleil ou du vent.

Il faut savoir que pour qu’un réseau fonctionne, il faut qu’à chaque instant la production d’électricité corresponde à la consommation – d’où la nécessité d’ajuster en permanence la première à la seconde (ce qui revient à connecter ou déconnecter certaines ressources sur le réseau). Une surproduction ou une sous-production peuvent entraîner un black-out.

Ainsi, le 28 avril 2025, la péninsule ibérique a connu une panne générale qui s’est même propagée au réseau français, à cause d’une surproduction photovoltaïque. A l’inverse, la même péninsule a évité de justesse un black-out le 28 janvier 2026, car à cause de la tempête Kristin, des éoliennes avaient été mises à l’arrêt pour ne pas être endommagées, provoquant ainsi une sous-production. La catastrophe a été évitée cette fois-ci car un certain nombre d’entreprises électro-intensives ont été retirées du réseau. Qui a dit « réindustrialisation » ?

Il faut noter ici que la principale justification alléguée des ENRI se trouve dans « l’urgence de décarboner l’énergie ». On peut légitimement en douter du fait que les ENRI ne servent qu’à produire de l’électricité et que cette dernière est déjà décarbonée en France grâce à notre nucléaire et notre hydroélectricité.

Cependant, selon les règles de l’UE, l’électricité produite par les ENRI est prioritaire à chaque instant sur le réseau. Ce qui signifie que les énergies pilotables doivent sans arrêt ajuster leur production pour pallier à l’intermittence des autres. Un tel mode de fonctionnement est-il rationnel ? Il se trouve qu’à la demande de son PDG, EDF vient de produire un rapport interne sur les impacts économiques et techniques de l’utilisation des centrales nucléaires de cette manière. La publication de ce rapport prévue initialement pour décembre 2025, a été bloquée par le gouvernement jusqu’à la publication de la PPE3...

Concurrence non libre mais bien faussée

Pour faire bonne figure, le gouvernement a demandé à deux spécialistes, Jean-Bernard Lévy (ancien PDG d’EDF) et Thierry Tuot (ancien DG de la Commission de régulation de l’énergie) de produire un rapport sur le coût réel des ENRI (dans lequel il faut notamment inclure les infrastructures supplémentaires pour leur raccordement au réseau). Ce travail étant en cours à cette date, l’on peut se demander pourquoi la PPE3 a été publiée avant qu’on en connaisse les conclusions sur lesquelles elle devrait logiquement s’appuyer.

Enfumage ?

Henri Wallard, ancien directeur de l’ANDRA a coécrit une tribune dans Le Figaro du 11 février intitulée « Le Premier ministre doit écouter les experts avant de promulguer la PPE3 ». Il estime à 212 milliards d’euros d’ici 2060 le coût direct des subventions aux ENRI prévues par la PPE3 (sans
prendre en compte les coûts indirects dus à l’adaptation du réseau, et les pertes d’EDF à cause de la sous-utilisation de son nucléaire). Alors pourquoi un tel gaspillage dans un contexte où, parait-il, la France devrait réduire ses dépenses ?

En réalité, l’écologisme sert ici de cheval de Troie pour les prédateurs financiers : nos dirigeants politiques se sont fait les serviteurs de l’Union européenne qui est elle-même au service des marchés financiers.

EDF qui nous assurait autrefois une production d’électricité abondante et bon marché, a ainsi été démantelée progressivement depuis une quarantaine d’années, pour permettre l’instauration artificielle d’un système concurrentiel qui ne profite qu’à une poignée de rentiers.

Par exemple, de 2010 jusqu’à 2026 le mécanisme de l’ARENH a été instauré pour satisfaire Bruxelles : celui-ci imposait à EDF de brader environ un quart de son électricité d’origine nucléaire à des sociétés qui se sont contentées de la revendre, sans rien produire d’autre que des factures.

Aujourd’hui, rebelote avec nos grands barrages : le 5 février dernier, l’Assemblée nationale a adopté une loi qui oblige les concessionnaires, essentiellement EDF, à vendre 40 % de leur production hydroélectrique à des concurrents revendeurs. Ici comme avec le nucléaire, notre gouvernement s’est fait plus royaliste que l’UE : rien n’empêchait dans les traités européens que la France déclare ce secteur stratégique et refuse simplement l’ouverture à la concurrence sans plus de concessions.

Il devrait donc être clair que la PPE3 a essentiellement pour but de livrer notre électricité à des intérêts privés : les rentes exorbitantes qu’elle accorde au secteur des ENRI (qui ne nécessite par ailleurs que peu d’investissements) permettent de créer une pseudo-concurrence dans un secteur
incompatible avec cela. Et pour couronner le tout, en cas de surproduction, EDF rachète aux producteurs d’ENRI une partie de leur électricité qu’il vend ensuite à perte, tandis que ces derniers seront également payés pour réduire leur production !

Quel projet de société ?

Les gouvernement doivent servir leur population, pas des intérêts privés. Une évidence que comprenaient les chercheurs, les ingénieurs, les techniciens et tous ceux qui ont participé au Plan Messmer. Pour ces visionnaires, l’électricité n’était pas un bien à but commercial, mais une ressource indispensable pour améliorer les conditions de vie dans l’ensemble de la société. Ils nous ont légué un savoir-faire précieux que le monde nous longtemps a envié. La Chine qui non seulement produit des infrastructures modernes sur son propre territoire, mais participe également à l’équipement de nombreux pays du Sud, semble mieux inspirée par cette expérience, que nos dirigeants français actuels.

Être visionnaire aujourd’hui signifierait comprendre l’opportunité pour la France de s’associer à des pays, avec les BRICS, qui privilégient une approche économique « gagnant-gagnant ».