S’interroger sur le sens de notre existence et vivre dans la dignité

mardi 17 février 2026, par Agnès Farkas

Freepic
Selon les sociologues, nous ferions face à un choc démographique silencieux. En effet, en 2025, et pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès (651 200) que de naissances (650 400), selon l’INSEE.

Dans un pays en contraction budgétaire, dont les dirigeants usent du 49.3 pour faire passer les coupes dans les couvertures sociales et surtout dans la santé, l’envie de vivre et de donner la vie angoisse tout un chacun. Pourtant le personnel des unités de soins palliatifs comme des maternités ne demande qu’à soutenir cette envie de vivre, mais pour cela, l’Etat doit leur en donner les moyens.

Naître dans la dignité

La profession de sage-femme a été instituée en 1803 dans un esprit « bienveillant et vocationnel » pour donner un encadrement aux mères et aux enfants au moment de la naissance. Avant la construction d’établissements hospitaliers, au XIXe siècle, les soignantes se déplaçaient à domicile. « En France, de 1740 à 1789, le quotient de mortalité infantile serait voisin de 270 % et près d’un enfant sur deux n’arrive pas à vivre cinq ans », selon le magazine Médecine science de l’Inserm.

Grâce à la surveillance médicale des naissances, en 2024, le taux de mortalité infantile (pourcentage d’enfants décédés avant l’âge d’un an par rapport au nombre d’enfants nés vivants) n’est plus que de 4,1 pour 1000 en France (chiffres Insee). Une avancée qui, espérons-le, s’étendra à tous les habitants du monde.

En 2022, selon la DRESS (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), la France compte encore 464 maternités qui disposent de 14 400 lits d’obstétrique et pratiquent 712 800 accouchements en France, y compris au sein du service de santé des armées (SSA)

Mais c’est loin d’être suffisant, autant pour le présent que pour l’avenir, car notre pays devra offrir aux jeunes gens autre chose qu’un engagement dans des forces militaires pour une guerre européenne hypothétique comme promesse d’avenir.

En réalité, la très grande majorité des jeunes gens déclarent vouloir des enfants, un désir entravé par divers facteurs : « défiance endémique et morosité dépressive, individualisme et hédonisme de jeunes générations, éco-anxiété et malaise global de ces mêmes jeunes générations, difficultés d’accès à l’emploi stable et au logement de qualité, effet retardé de la crise économique et financière de 2008 », etc. selon la revue Futuribles du 25 août 2025.

Alors, soyons sérieux, fonder une famille nécessite de croire en un avenir meilleur. Or, selon un sondage IPSOS, 70 % des Français se déclarent pessimistes quant à l’avenir de la France et leurs principales préoccupations personnelles concernent, avant tout, le pouvoir d’achat et la santé…

Toujours selon l’INSEE,

« la dette nette des administrations publiques s’élève à 3232,3 Md€ au troisième trimestre 2025 soit 109,0 % du PIB, après 107,4 % au deuxième trimestre 2025. Elle augmente de 60,7 Md€, après +55,5 Md€ au trimestre précédent ».

Même si la France reste la 7e économie mondiale, elle a désormais un niveau de vie inférieur à la moyenne de l’Union européenne, avec un déficit commercial à peine en dessous de 70 milliards d’euros en 2025. Aussi la réponse logique à cette dégradation économique consisterait-elle à engager immédiatement une planification indicative des ressources et des besoins du pays et à organiser les moyens d’une reconstruction industrielle génératrice d’emplois. Seul un projet d’avenir en commun pourra donner l’envie de vivre et de donner la vie aux jeunes générations.

La mort, étape naturelle de la vie

« La mort, comme la naissance, est une étape naturelle de la vie ; elle n’est pas une fin mais un passage. Trop souvent considérée comme tabou dans nos sociétés modernes, elle est évacuée par la plupart de nos contemporains obnubilés par le souci de la jeunesse, de la rentabilité et de la maîtrise. » Élisabeth Kübler-Ross.

Dans une société où le culte de la mort spectacle, fictive ou réelle, règne à travers nos écrans (culte hollywoodien de la violence ou appel politique à l’affrontement militaire), la tentation individualiste devient grande de vouloir maîtriser « sa fin de vie ».

Malheureusement, le débat politique est davantage centré sur l’aide à mourir que sur l’aide à vivre, et pourtant, la mort est une étape naturelle de la vie. Ici, il faut rappeler ce que prévoit la législation européenne en matière de droit à la vie et préciser que donner intentionnellement la mort est un assassinat selon la loi française.
Articles 1 et 2 de la Convention européenne des droits de l’homme :

  • Art 1. « Le droit à la vie est d’abord de ne pas en être privé. »
  • Art 2. « La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d’une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. »

Aussi déléguer au personnel médical la responsabilité de l’aide active à mourir (dans la dignité ou pas) est soit un acte politique d’une lâche hypocrisie, soit une soumission irresponsable à des intérêts financiers européens forçant au triage des populations. [1]

Depuis le vote de la loi sur l’euthanasie active volontaire, en 2016, le Canada a connu une hausse fulgurante des demandes d’aide médicale à mourir (AMM) (+26 % entre 2021 et 2022), et plus encore au Québec (45,5 % de 2021 à 2022), qui compte le tiers (32 %) des décès par AMM dans ce pays depuis 2016 (14 578 sur un total de 44 958 décès), selon Santé Canada. Voici qui mérite réflexion.

En février 2026, alors que la priorité parlementaire française se concentre sur l’aide à mourir, les soignants ont l’impression que le volet soins palliatifs sert à faire avaler la pilule d’un passage en force de la loi : « On nous tient un double discours ! Politiques et professionnels de santé, en paroles, approuvent le développement de soins palliatifs, mais en pratique, en actes, ça ne suit pas », s’emporte le Dr Olivier Maillé, responsable de l’Unité mobile de soins palliatifs du CHU de Montpellier. (Le Point, 29 janvier 2026.)

Le nombre de lits de soins palliatifs est passé de près de 3340 en 2006 à près de 7500 en 2019. En 2020, nous disposions de 164 unités de soins palliatifs contre 139 en 2015 et moins de 100 en 2006. Si le nombre d’ESMP (Équipes mobiles de soins palliatifs) est passé de 288 en 2006 à 428 en 2025, c’est encore trop peu. Aujourd’hui, la moitié des patients nécessitant des soins palliatifs n’y ont pas accès.

De plus, alors que le nombre d’unités de soins palliatifs est en augmentation, le recrutement ne suit pas, souvent faute de formation universitaire. Faute aussi de moyens financiers et humains, les équipes souffrent et les soignants démissionnent.

« Vous ne pouvez pas savoir le nombre de patients qui arrivent dans nos services et veulent ‘hâter leur mort’ (...) et qui changent d’avis. (...) A partir du moment où la douleur est mieux soulagée, que les patients sont à nouveau regardés comme des personnes qui ont leur place dans le monde, les demandes de mourir s’éloignent », constate le Dr Maillé.

Donner l’envie de vivre dans la dignité, de la naissance jusqu’à la mort, ne peut exister qu’au sein d’une société où chacun des membres porte un intérêt généreux à l’ensemble de la communauté. Une société solidaire est une société de l’écoute, de l’entraide car chaque vie humaine a son importance. On nous parle d’aide à mourir dans la dignité, mais qui se préoccupe d’aider à vivre dans la dignité ?

Sources :


[1(Cf. source blog TCEBP : « Tous centenaires et bien portants », Le débat sur la fin de vie d’une société solidaire.)