Dans le cadre de sa Politique étrangère et de sécurité commune, le Conseil européen (c’est-à-dire les chefs d’État et de gouvernement des Etats membres de l’UE) a ajouté, par son décret 2025/2572 du 15 décembre 2025, 12 nouveaux noms à la liste des personnes soumises à des mesures restrictives (sanctions) pour leur participation à « des activités déstabilisatrices de la Russie ».
Avec cette dernière actualisation, cette liste comporte désormais 59 noms de personnes physiques et 17 noms de personnes morales, entités et organismes.
Parmi les nouveaux sanctionnés, un seul hacker accusé d’avoir mené des cyberattaques contre l’Ukraine et l’OTAN au profit de la Russie, un ancien shérif adjoint de Floride, des diplomates et géopoliticiens russes travaillant pour ou proche du ministère des Affaires étrangères de Russie et plusieurs officiels du service de renseignement russe GRU. Enfin, l’ancien colonel du renseignement suisse (SRC) Jacques Baud et l’analyste militaire français Xavier Moreau. Leurs crimes : leur pensée et leur parole, considérées comme de la désinformation et donc comme une arme dans la « guerre hybride » de la Russie contre l’UE.
Tous, par un syllogisme aristotélicien rappelant les pires moments de l’Inquisition espagnole lorsqu’elle condamnait les hérétiques au bûcher, sont condamnés sans appel :
XYZ a eu tel propos ou tel doute,
Les motifs invoqués, généralement fondés sur des soupçons plutôt que sur des preuves, visent clairement à intimider la population européenne afin qu’en s’autocensurant, elle renonce à remettre en cause le narratif dominant qui veut que la Fédération de Russie soit un pays ennemi et une menace directe pour ses intérêts vitaux.
Par exemple, le crime reproché à un diplomate russe (et que beaucoup partagent dans de nombreux pays européens) est décrit ainsi :
Faut-il donc s’étonner que des diplomates russes défendent l’analyse de leur gouvernement ?
Par ailleurs, que des analystes occidentaux indépendants, comme le Suisse Jacques Baud et le Français Xavier Moreau (quel que soit leur positionnement réel ou supposé sur l’échiquier politique), s’efforcent de nous faire comprendre le point de vue de ce qui est supposé être notre ennemi est plutôt salutaire.
Dans une UE qui s’autoproclame championne de la démocratie et en guerre contre les régimes autocrates, des analystes aussi courageux devraient pouvoir s’exprimer régulièrement sur les grandes chaînes et devant le corps des élus.
Gel des avoirs et des comptes bancaires, interdiction de circulation
Les personnes placées sur la liste noire européenne font l’objet d’un gel de leurs avoirs détenus au sein de l’UE, d’une interdiction de transactions financières et commerciales avec les citoyens et entreprises de l’UE, et d’une interdiction d’entrer ou de transiter sur le territoire européen.
Jacques Baud a fait une déclaration concernant les sanctions de la CE à son encontre :
« Je n’ai pas le droit de rentrer en Suisse, ni même de me déplacer dans l’UE, a-t-il déplore. Je suis séquestré, en quelque sorte. Comme je n’ai plus accès à mes comptes en banque, je ne peux rien acheter, ni retirer de l’argent ou faire des achats en ligne ».
A Bruxelles, où la carte de crédit sert de preuve de paiement, il ne peut même pas se déplacer dans les transports publics. « C’est une sanction qui n’est pas juridique, mais politique, accuse-t-il. Il n’y a pas d’éléments qui indiquent que j’ai commis une infraction et je n’ai pas eu le droit à une défense. » L’ex agent du SRC envisage un recours auprès de la Cour de justice de l’Union.
Xavier Moreau, pour sa part, va engager des poursuites judiciaires devant la Cour de la justice de la République à l’encontre de Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, qui avait qualifié l’ancien militaire français de « relais de la propagande du Kremlin en Europe ».
Cette riposte spectaculaire de l’UE n’est que le sommet de l’iceberg de la vaste dérive autocratique en cours, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni comme dans les Etats membres de l’UE.
Privés d’accès bancaire
Plusieurs voix discordantes (qu’on les approuve ou pas) sont non seulement privées de leur droit d’expression, mais de leurs droits les plus élémentaires.
La liste non exhaustive ci-dessous (et pardon pour les journalistes également victimes et tant d’autres que j’oublie de mentionner) n’implique pas notre soutien politique en leur faveur. Elle ne vise qu’à rendre visible un processus particulièrement inquiétant :
— 2026 : Scott Ritter, USA. L’ancien militaire américain et ancien inspecteur en armement des Nations unies, connu pour son franc parler et son opposition au parti de la guerre aussi bien américain qu’israélien, a annoncé le 15 janvier 2026 sur son compte X (ex-twitter) :
— 2026 : Sarah Wagenknecht, Allemagne. Selon les médias allemands, la pression monte pour fermer les comptes de BSW, le parti de Sarah Wagenknecht (extrême gauche), qui fait campagne pour une solution diplomatique au conflit ukrainien et la reprise des livraisons de gaz russe à l’Allemagne. Sa banque, la Volksbank de Pirna, est soupçonnée d’avoir des liens avec la Russie.
— 2026 : le Parti communiste allemand (DKP) a annoncé la clôture de plusieurs comptes bancaires associés (dont celui de la direction du parti) au 31 décembre 2025, pour des raisons qui restent floues. Selon le DKP, la clôture de son compte bancaire a été précédée d’une enquête de la GLS Bank sur les dons du parti à Cuba. Les organisations de solidarité avec Cuba qui ont également des comptes auprès de la GLS ont exprimé leur inquiétude d’être les prochaines sur la liste.
—2025 : Nathalie Yamb, Suisse. L’activiste et influenceuse helvético-camerounaise a été sanctionnée par l’UE pour ses activités et ses prises de position prorusses, selon le Journal officiel de l’Union européenne (JO). Ces sanctions comprennent un gel de ses avoirs et l’interdiction d’entrer dans l’UE. Séquestrée au Cameroun, Mme Yamb ne peut pas rentrer chez elle en Suisse, du fait que son avion devrait survoler l’espace aérien européen...
— 2025 : Fréderic Baldan, Belgique. Le lobbyiste belge, qui a joué un rôle majeur dans la révélation du scandale « Pfizergate Chronicles », impliquant la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qualifié de « plus grand scandale de corruption de l’histoire de l’humanité », est aujourd’hui confronté à de sévères restrictions dans sa vie quotidienne. Les comptes en banque de son cabinet et de membres de sa famille auprès d’ING et de la banque Nagelmackers ont été fermés, y compris le livret d’épargne de son fils de cinq ans. Baldan est l’auteur d’un livre intitulé Ursula Gates.
https://europeanconservative.com/articles/news/lobbyist-behind-pfizergate-allegations-subject-to-serious-intimidation/
— 2025 : Marc Touati, France. Sur Cnews, cet économiste qui depuis des années met en garde contre un krach financier résultant de la spéculation financière, a déclaré : « Ma banque a fermé tous mes comptes (perso, enfants, société) sans raison. Derrière, deux contrôles fiscaux. Tout ça pour avoir dit la vérité. »
— 2025 : Tony Greenstein, Royaume-Uni. Voix juive militante contre le génocide à Gaza, il dénonce un acte de « terrorisme financier » de la part de l’État britannique, qui semble exercer de fortes pressions pour lui fermer ses comptes bancaires, notamment celui qu’il avait chez First Direct, une filiale de HSBC, dont il est client depuis 30 ans.
— 2025 : TVLibertés, France. Privée brutalement de ses comptes bancaires, la chaîne d’extrême droite dénonce une sanction politique déguisée. Sa direction alerte sur une dérive liberticide qui menace la pluralité du paysage médiatique.
— 2025 : Mehring Verlag, Allemagne. Fin mai, la Postbank (aujourd’hui détenue à 100 % par la Deutsche Bank) a résilié le compte professionnel de Mehring Verlag, la maison d’édition en langue allemande du World Socialist Web Site et du Sozialistische Gleichheitspartei (Parti trotskyste). En juin, elle a également fermé le compte personnel de son directeur général, Wolfgang Zimmermann. Ces fermetures, faites sans la moindre explication, constituent clairement un cas de censure politique.
— 2025 : Alternative für Deutschland (AfD), Allemagne. Deux banques coopératives de la région de Westphalie orientale ont clôturé les comptes de la section locale du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Déjà en 2024, la Berliner Volksbank avait clôturé le compte de dons du parti fédéral AfD, à la demande du groupe militant « Grands-mères contre l’extrême droite ». De son côté, la Deutsche Kreditbank a annulé les comptes et les cartes de crédit du politicien Sascha Schlösser, nouvellement élu de l’AfD en Thuringe, quelques jours seulement après sa victoire aux élections régionales.
Après la fermeture de ses comptes chez Volksbanken, l’AfD n’a plus que ceux ouverts chez les Sparkassen, qui, en tant qu’institutions de droit public, sont tenues de gérer les comptes des partis politiques (décision rendue en 2018 par la Cour administrative fédérale).
— 2023 : Nigel Farage, Royaume-Uni. L’ancien dirigeant du Parti du Brexit et du parti anti-immigration UKIP a vu ses comptes supprimés par la prestigieuse Coutts, banque de la défunte reine Elizabeth II et filiale de Natwest.
Voici, en guise de conclusion, le fameux poème du pasteur luthérien Martin Niemöller qui ne peut que vous inspirer à vous engager avec nous :
« Quand ils sont venus chercher les socialistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas socialiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.
Puis, ils sont venus me chercher. Et il ne restait personne pour protester. »


