Iran : l’agression US conduit l’économie mondiale au bord du gouffre

lundi 20 juillet 2026


Depuis dix jours, les États-Unis poursuivent leur campagne de bombardements en Iran. Cette reprise de l’agression américaine contre ce pays, avec l’effondrement apparent du processus de négociations, pousse de nouveau le monde au bord de l’abîme. « Nous n’avons actuellement aucun projet de négociations et nous nous concentrons sur la défense », avoue le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei. Le vice-ministre des Affaires étrangères, Kazeem Gharibabadi, constate pour sa part que « l’Amérique a non seulement violé le protocole d’accord, mais l’a aussi démantelé ». Aujourd’hui, les deux pays s’affrontent, mais le monde pourra-t-il en supporter les conséquences ?

L’économie réelle, première victime

Bien que le CENTCOM (Commandement militaire central des États-Unis) assure ne cibler que des installations militaires – surveillance côtière, installations de défense aérienne, capacités maritimes, et stockage de missiles et de drones – la réalité est tout autre.

Le 19 juillet, l’Organisation iranienne de l’énergie atomique a rapporté que des missiles américains avaient frappé la centrale nucléaire en construction de Darkhovin, une centrale civile dont l’AIEA a confirmé qu’elle était en inspection active avant même le lancement de la guerre agressive des États-Unis et d’Israël. La veille, des frappes américaines ont endommagé l’usine iranienne de dessalement de Jask, privant 10 000 personnes d’accès à l’eau douce.

Ces développements surviennent quelques jours seulement après les déclarations de Trump menaçant de « mettre hors service toutes leurs centrales électriques (…), faire tomber tous leurs ponts, à moins qu’ils ne s’assoient à la table et négocient ». Si l’Iran ne conclut pas d’accord, a-t-il averti, « il ne restera plus personne ».

De tels propos impliquent une logique d’escalade qui, une fois engagée, est difficile à inverser. Le seul fait de proférer de telles menaces est considéré comme un « crime contre l’humanité », d’après le code du Tribunal de Nuremberg.

Suite au renforcement des frappes contre les infrastructures civiles iraniennes, le Koweït a signalé que l’une de ses installations de production d’électricité et de dessalement avait été endommagée pour la deuxième fois en deux jours, dans une région où l’approvisionnement en eau douce provient majoritairement de la désalinisation et s’avère essentiel notamment pour le refroidissement des centres de données servant l’infrastructure mondiale de l’Intelligence artificielle.

Sans compter que si l’Iran s’en prenait aux câbles de fibre optique sous-marins passant dans le détroit d’Ormuz et les rendait dysfonctionnels, c’est toute l’infrastructure mondiale servant à la finance, le spatial et le militaire, qui subirait un choc.

Déjà éprouvés par plus de trois mois de fermeture du détroit d’Ormuz, bloquant près de 20 % du transit de carburant mondial et plus de 25 % des engrais, l’économie mondiale et les populations qui en dépendent pourront difficilement survivre à une nouvelle crise prolongée.

Avec ce nouveau blocage du détroit, de nombreux économistes et analystes avertissent que le monde n’a presque plus de réserves de carburant. « Nous avons brûlé tous les amortisseurs que nous avions, tous », affirme un trader au Financial Times.

De plus, beaucoup craignent que le conflit ne s’étende jusqu’au détroit de Bab al-Mandeb, qui permet l’accès à la mer Rouge depuis la mer d’Arabie et donc au canal de Suez, sur lequel les pays du Golfe comptent de plus en plus pour leurs exportations.

A 2000 kilomètres plus au nord, la situation entre l’Ukraine et la Russie ne cesse de s’aggraver. L’augmentation des frappes de l’Ukraine contre les infrastructures énergétiques russes se fait déjà ressentir sur les exportations de pétrole et de gaz, mettant encore davantage à rude épreuve les marchés mondiaux. Elles touchent désormais l’infrastructure céréalière et le transport maritime sur la mer Noire. La Russie et l’Ukraine sont respectivement les premier et cinquième exportateurs mondiaux de blé, tandis que l’Ukraine est également le quatrième exportateur de maïs. À la suite des récentes attaques, les exportations de céréales de la Russie ont chuté d’un quart et celles de l’Ukraine d’un tiers. En réponse, les marchés des matières premières ont explosé à la mi-juillet, et les prix du pétrole sont également repartis à la hausse.

Poser les bases d’un nouvel ordre mondial

Il est clair que si ces conflits se poursuivent, l’humanité fonce tout droit vers la catastrophe, avec notamment la possibilité de voir s’effondrer un système financier transatlantique déjà moribond. Il est donc urgent de trouver une solution ; heureusement, le monde traverse une phase de profond bouleversement et de transformation, où le terrain sur lequel se sont développées les crises actuelles évolue rapidement.

C’est ce qu’a démontré sans aucun doute le vote surprise massif à la Chambre des représentants des États-Unis le 15 juillet, visant à refuser tout financement à Israël.

Bien que l’amendement proposé par le député Thomas Massie ait finalement été rejeté, il a recueilli plus de 100 voix de la part de démocrates qui ont désobéi ainsi aux consignes de leur parti.

Mais arrêter de financer Israël ne constitue pas en soi une solution durable à cette crise. Comme l’a récemment proposé le ministre omanais des Affaires étrangères, il est nécessaire d’instaurer une nouvelle architecture régionale pour l’Asie du Sud-Ouest, qui « aidera véritablement les huit États du Golfe à atteindre la sécurité dont ils ont besoin », y compris l’Iran. Cette nouvelle architecture « exigera une évaluation honnête des relations avec des amis et alliés puissants comme les États-Unis. Sans vouloir rejeter ces relations (…) mais peut-être pour les réinitialiser afin de mieux s’aligner sur la réalité stratégique mise en lumière par la guerre récente. »

Évoquant cette situation, Helga Zepp-LaRouche, présidente-fondatrice de l’Institut Schiller, a suggéré de retenir cette proposition, ainsi qu’une autre, similaire, faite par l’ancien Premier ministre turc Ahmet Davuto ?lu, et de les combiner avec le projet de Plan Oasis de l’Institut Schiller pour le développement économique et industriel de toute la région.

Combiner les réseaux d’infrastructures existants de l’Initiative Ceinture et Route, du Corridor économique Chine-Pakistan et du Corridor de transport Nord-Sud, en profitant de l’emplacement historique de cette région comme carrefour de la civilisation, « pourrait marquer le début de l’industrialisation de toute la région », a noté Mme Zepp-LaRouche.

Nous nous trouvons à un tournant historique : allons-nous succomber à la folie de la guerre, qui fera partir en fumée les moyens de la civilisation humaine érigés à travers les siècles, ou allons-nous retrouver la raison et nous battre pour poser les bases d’un nouvel ordre mondial ?