Ce n’est pas tout. Évoquant que dans le contexte d’un désengagement possible des Etats-Unis, nous Européens « devons-nous mêmes assurer notre sécurité », il note que
Pour le Général Carsten Breuer, chef d’état-major de la Bundeswehr
Face à ce rôle particulier que l’Allemagne veut s’attribuer en Europe, les commentaires en France sont divers. Il y a d’abord le silence du gouvernement, assourdissant, puis, de façon surprenante, Le Grand Continent.
Ce media, qui nous a habitué à des analyses fines sur l’équipe de Trump et ses relations troubles avec la Silicon Valley, veut voir dans la tentative du Chancelier Friedrich Merz de construire une « hégémonie européenne », « un gaulliste allemand » !
Dans un article du 13 février consacré à l’intervention de Friedrich Merz à la conférence de Munich qui s’est tenue à cette date, le journaliste Pierre Mennerat note que comme de Gaulle, Friedrich Merz prend des distances avec les Etats-Unis de Trump et de Maga, sans toutefois vouloir quitter l’OTAN, et se prononce aussi pour une Europe moins bureaucratique, où les pays pourront évoluer à différentes vitesses.
Petit détail, il oublie de mentionner que pour De Gaulle l’ennemi de la France et d’une Europe des nations était niché dans les milieux financiers et industriels anglo-américains et leurs acolytes français qui ont soutenu Hitler, et non en Russie !
Aujourd’hui de Gaulle serait l’allié des BRICS, alors que Merz, un ancien de BlackRock, déclare, dans sa doctrine militaire, être en guerre contre les BRICS et tous ceux qui mettent en cause, non pas l’ordre international issu de la guerre contre le nazisme et représenté aujourd’hui par les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU, mais l’ordre « des règles » du monde unipolaire de Wall Street et de la City de Londres.
D’autres vont plus loin et examinent les conséquences des nouvelles ambitions de Berlin exprimées dans ce document.
Parmi eux le Colonel (R) Jean-Jacques Bénomard qui, tout en reconnaissant que le réarmement allemand répond à une évolution réelle du contexte stratégique européen, pose clairement aussi la question de l’équilibre futur qu’elle créerait entre les principales puissances militaires du continent, en particulier la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne et l’Italie.
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Nous reprendrons enfin, l’analyse d’Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente de l’Institut Schiller International et de nationalité allemande, qui craint que tout ceci ne nous conduise rapidement à une nouvelle guerre entre l’Allemagne et la Russie et à une nouvelle guerre mondiale.
L’Institut Schiller mène depuis février 2022, une campagne non seulement en faveur du rétablissement la paix en Ukraine, mais aussi pour la négociation d’un traité fondé sur une nouvelle architecture de sécurité et de développement pour cette région qui tienne compte des intérêts de sécurité de tous les pays de la région, Russie comprise.
Helga LaRouche rejette la thèse de la menace russe, l’idée que la Russie ait agit sans être provoquée : avancée de l’OTAN vers les frontières russes, financement des révolutions de couleur à Kiev, attaques contre les russophones…
Aujourd’hui on sait que cette guerre aurait pu être arrêtée en mars 2022, suite aux négociations russo-ukrainiennes à Istanbul. Si c’est Boris Johnson, alors Premier ministre britannique, qui a convaincu Zelenski de poursuivre la guerre, lui promettant aussi les armes pour l’emporter, Poutine a révélé, le 9 mai, que l’intervention de Boris Johnson avait été précédé par un appel du Président Macron qui lui a dit que l’Ukraine ne pouvait signer un tel texte historique avec un pistolet sur la tempe. « Que fallait-il faire ? Retirer les troupes de Kiev. Nous l’avons fait », a dit Poutine ajoutant que ça n’avait servi à rien.
C’est suite aux recherches menées en 1984 pour la publication d’un ouvrage intitulé The Hitler Book, qu’Helga LaRouche a dénoncé tous les rouages employés par les cercles financiers occidentaux, pour créer les conditions de l’émergence de Hitler en Allemagne et qui l’ont lancé ensuite contre la Russie dans le but de s’approprier de très grandes richesses de celle-ci.
Des historiens français de renom, tels Annie Lacroix-Riz et Eric Branca, qui ont travaillé sur les dessous de la première et la deuxième guerre mondiale, montrent que des processus du même type ont eu lieu lors des deux guerres mondiales du XXe siècle. Pour Helga LaRouche, il faut empêcher qu’une troisième guerre mondiale, de surcroît nucléaire, ne se produise aujourd’hui.
La ré-militarisation de l’Allemagne
Le 22 avril dernier, le Ministre de la défense allemand, Boris Pistorius, a rendue publique la conception globale de la défense de son pays d’ici 2039. Rien de nouveau sous le soleil pour des citoyens français habitués à la publication des livres blancs et des lois de programmation militaires de son armée.
Rien de tel cependant en Allemagne, où, suite à la défaite du nazisme il y a 81 ans, la stratégie de défense était élaborée jusqu’à présent, discrètement, par Londres et Washington, dans le contexte de ses déploiements au sein de l’OTAN.
Depuis, il y a eu le zeitenwende - le « changement d’époque » par rapport à ces « pudeurs », introduit d’abord par le Chancelier Olaf Scholz le 27 février 2022, quelques jours après l’intervention russe en Ukraine. Face à l’agression russe, Scholtz lançait en juin 2022 un énorme fond de 100 milliards d’euros (presque le double du budget français pour la défense en 2025) pour la modernisation de l’armée allemande. Une première stratégie de sécurité nationale fut publiée en 2023 augmentant à 2 % le budget de la défense.
Cette fois-ci, l’Allemagne montre une bien plus grande ambition.
Sur le plan opérationnel, Boris Pistorius a présenté une stratégie en trois phases pour renforcer les forces armées allemandes :
- la première phase est celle de l’immédiat : il faut pouvoir se battre dès maintenant ;
- la seconde se termine en 2029, date à laquelle les objectifs établis au sommet de l’OTAN de La Haye de 2025, auront été atteints.
- enfin, la dernière phase culmine en 2039, lorsque la Bundeswehr aura atteint son objectif de devenir « l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe ».
En termes d‘équipements, même si beaucoup est de l’ordre du « secret défense », l’Allemagne a pris en compte toutes les innovations de la guerre d’Ukraine : il s’agit s de renforcer la défense aérienne avec de nouveaux avions F 35 et des systèmes d’armes capables de frapper dans la profondeur, permettant de neutraliser à temps les voies de ravitaillement, les centres de commandement ou l’infrastructure de l’adversaire. Le missile Taurus allemand n’a qu’une portée de 500 km, c’est pourquoi l’Allemagne prévoit d’acquérir le missile de croisière JASSM-ER d’une portée d’environ 1000 kilomètres. Il s’agit aussi de développer la capacité à mener des combats modernes basés sur les données. L’intelligence artificielle, note-il, jouera un rôle plus important à l’avenir.
La nouvelle stratégie prévoit une énorme montée en force des effectifs qui sont actuellement de 184 300. L’objectif est d’atteindre 460 000 hommes, dont 260 000 soldats d’active et 200 000 réservistes. C’est surtout sur le territoire national que la réserve aura une mission centrale : en cas d’urgence, l’Allemagne est considérée comme une plaque tournante logistique au centre de l’Europe. Les mouvements de troupes, le ravitaillement et l’infrastructure doivent être assurés et c’est donc ces tâches qui seront assumées en grande partie par les réservistes. Pour cette raison, les réservistes seront considérés comme une composante à part entière des forces armées.
Réveil militaire ou mainmise sur la défense européenne ?
Regardons maintenant quelles sont les conséquences possibles de la stratégie militaire adoptée par l’Allemagne. La première réaction qui nous soit parvenu d’un militaire est celle du colonel Jean Jacques Bénomard (CR).
Dans un texte intitulé Réveil militaire ou mainmise sur la défense européenne, il présente, au tout début de son texte, la mise en garde du général de Gaulle, sur le réarmement de l’Allemagne :
« Le réarmement allemand, je l’ai toujours considéré comme inévitable. Mais à condition qu’il soit encadré, contrôlé, et que la France garde la prééminence militaire en Europe occidentale. Une Allemagne réarmée sans contrepoids français, ce serait le retour aux démons du passé ». Charles de Gaulle.
Le colonel Bénomard soulève dans son texte les questions sérieuses que pose cette nouvelle ambition « européenne » allemande vis à vis des principaux acteurs actuels de la défense européenne.
« L’Allemagne, demande-t-il, entend-elle seulement renforcer la défense conventionnelle de l’Europe, ou prépare-t-elle les conditions d’une position directrice de l’Allemagne sur la future architecture européenne de défense conventionnelle, notamment dans l’hypothèse d’un retrait partiel, d’une disponibilité réduite ou d’une participation minimaliste des États-Unis ?
« Quel rôle entend-elle faire jouer à ses partenaires européens, jamais cités, nommément dans le document ?[loi cadre allemande] ? Quelles synergies industrielles et technologiques veut-elle réellement promouvoir entre les bases industrielles et technologiques de défense européennes ?? Sur ces points, le texte reste silencieux. » (…)
« Cette absence est politiquement significative. La France et le Royaume-Uni sont pourtant les deux puissances nucléaires européennes. La Pologne prétend devenir l’une des premières armées conventionnelles du continent. La France conserve une base industrielle et technologique de défense, une expérience opérationnelle et une culture stratégique spécifiques. Mais le document ne construit pas son raisonnement autour d’un directoire européen composé de ces puissances. Il construit le raisonnement autour du nouveau rôle allemand dans l’Alliance. » (...)
En guise de conclusion, le Colonel Bénomard attire l’attention sur le fait que son analyse « ne se contente donc pas, d’acter le réveil militaire de l’Allemagne. Il ouvre un débat politique majeur : qui entend désormais définir, orienter, mettre en œuvre et, le cas échéant, conduire opérationnellement la défense conventionnelle de l’Europe ?
« Officiellement, Berlin affirme vouloir doter la Bundeswehr de la première armée conventionnelle du continent afin de rendre crédible la dissuasion face à une menace russe clairement identifiée. Mais les formules retenues — ‘rôle de premier plan’, ‘changement de paradigme’, ‘rôle moteur’, ‘partenaire militaire de référence’ — dépassent le simple registre capacitaire. Elles suggèrent une ambition plus vaste : placer l’Allemagne au centre de gravité de l’architecture européenne de sécurité, dans le cadre de l’OTAN, notamment si les États-Unis réduisaient leur présence ou limitaient leur engagement stratégique en Europe. »
« Une question demeure dès lors essentielle : cette nouvelle boussole stratégique allemande a-t-elle été élaborée en concertation réelle avec les principaux partenaires européens et atlantiques, ou s’agit-il d’une stratégie nationale projetée sur l’ensemble du continent ?? À la lecture du document, rien ne permet d’établir clairement que la France, le Royaume-Uni, la Pologne, l’Italie ou les autres alliés majeurs aient été associés à la définition de cette ambition. Or, ces États ne sauraient être réduits au rôle de partenaires secondaires dans une architecture de défense dont les priorités, les choix industriels et les modalités opérationnelles seraient principalement définis à Berlin. » D’où le titre de son article : « Bundeswehr, Le réveil militaire ou la mainmise sur la défense européenne. »
Helga Zepp-LaRouche : pour une nouvelle architecture de paix avec la Russie
C’est ici que l’intervention d’Helga Zepp-LaRouche le vendredi 8 mai, lors de la réunion zoom hebdomadaire de la Coalition internationale pour la paix qu’elle anime, est très importante. Car, là où bon nombre d’analystes considèrent une guerre contre la Russie comme désormais quasi inévitable, et prônent comme M. Merz, le « réarmement », comme nous l’avons dit plus haut, Zepp-LaRouche est l’une des rares personnalités européennes à affirmer que la Russie a bel et bien été provoquée par l’OTAN à se défendre et à défendre les populations russophones d’Ukraine, en envahissant l’Ukraine le 22 février 2022, et que comme elle l’a montré dans les négociations d’Istanbul en mars 2022, elle est ouverte à un règlement négociée du conflit.
Helga Zepp LaRouche a noté à quel point la volonté affichée de l’Allemagne de faire de son armée, la plus puissante d’Europe, soulève des craintes non seulement en Russie, mais aussi parmi les partenaires européens, compte tenu de ce qui s’est passé il y a 81 ans. Craintes de l’éveil d’un revanchisme allemand.
Elle a noté la réaction très vive de la part de l’ancien président russe Medvedev, ainsi que des médias russes, dont de nombreux articles évoquent ce qu’ils appellent une résurgence du militarisme et du revanchisme ; Medvedev a également noté, et c’est la vérité, que les dirigeants politiques allemands répètent à l’envie qu’il faut se préparer à un affrontement imminent avec la Russie, ce qui est extrêmement préoccupant.
Vous n’êtes pas obligés d’être d’accord avec chacun de ses mots, a dit Mme LaRouche, mais certains des arguments sont irréfutables. Par exemple, il affirme que la dénazification en Allemagne n’a pas été poussée assez loin, et que devant les tribunaux de Nuremberg, seules quelques personnes ont été poursuivies et condamnées à des amendes.
C’est un fait historique prouvé par des études réalisées par l’Université de Kiel, en Allemagne a dit Mme LaRouche. Et, nous ajoutons, confirmé en France par les recherches d’Annie Lacroix-Riz et d’Eric Branca. Dans une conférence le 4, mai ce dernier a rappelé que les trois principaux officiers de haut rang de Hitler : le général Adolf Huisinger, le général Walter Shellenberg et le général-major Reinhart Gehlen, des hommes responsables notamment de l’offensive militaire de l’Est, non seulement n’ont pas été condamnés à Nuremberg, mais ont été promus ! Huisinger est devenu le premier chef d’état-major de la Bundeswehr en 1957 et aurait été nommé à la tête de la CED en 1954, si le peuple l’avait accepté. Quant à Gehlen, il a été nommé chef la BND, les services de renseignement allemands !
Revenant à la période actuelle, elle rappela qu’un nouveau quartier général de la Marine a été ouvert [en octobre 2024] à Rostock, un port à l’est de l’ancienne RDA. Or, le traité 2+4, qui a posé les bases de la réunification allemande, stipulait qu’aucune force militaire de l’OTAN ne devait être installée sur le territoire de l’ancienne RDA.
Ce nouveau QG naval constitue donc une violation flagrante de cette disposition, puisqu’il accueille des troupes de l’OTAN par rotation. Le gouvernement allemand s’en défend en affirmant : « Ce ne sont pas des troupes de l’OTAN, car nous avons toujours un commandement allemand. » Mais il s’agit bien là, à tout le moins, d’une violation de l’esprit du traité 2+4.
Medvedev souligne également qu’il n’y a jamais eu de référendum sur la réunification allemande et remet donc en question la légalité de l’État allemand dans son ensemble. On peut bien sûr rejeter cet argument en le jugeant absurde, mais je pense qu’il faut le prendre au sérieux. Sans adhérer à tous les arguments de Medvedev, le simple fait que des voix importantes en Russie avancent cet argument (par exemple dans le contexte d’un accord comme celui de Kensington, signé entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne en juillet 2025, qui comprend une clause stipulant qu’en cas d’attaque de l’un des deux pays, l’autre doit intervenir) est révélateur. Ils sont aussi convenus d’une production conjointe germano-britannique de divers systèmes militaires.
Dans ce contexte, l’ambassadeur de Russie en Allemagne, Netchaïev, s’en est pris, dans une interview accordée à Izvestia, à la production conjointe de drones en Ukraine, financée par l’Allemagne. La Fédération de Russie a publié il y a environ deux semaines une liste de douze sites de production d’armes destinées à l’Ukraine, installés dans des pays européens, les désignant comme des cibles potentielles.
Au vu de tous ces éléments, il est clair que la situation entre l’Allemagne et la Russie est extrêmement tendue. Il est impératif de prendre au sérieux ces questions et de se détourner d’une voie qui, en cas de véritable affrontement, ne pourrait mener qu’à la destruction totale de l’Allemagne.
Compte tenu du fait que le président Trump a annoncé vouloir retirer plus de 5000 soldats américains d’Allemagne et qu’il ne souhaite pas y installer le système de missiles à moyenne portée comprenant les missiles hypersoniques Dark Eagle, dont le déploiement était prévu cette année, il semble que ce projet soit au point mort, voire abandonné.
Il restera encore plus de 30 000 soldats en Allemagne. Or, l’OTAN aurait dû se dissoudre en 1991, en même temps que le Pacte de Varsovie. Les États-Unis sont une force d’occupation et non un instrument de défense de l’Europe.
Comme l’avait affirmé Lord Ismay, l’OTAN n’a qu’une seule fonction : maintenir les États-Unis à l’intérieur de l’Europe, les Russes à l’extérieur et l’Allemagne sous tutelle, et cela n’a guère changé. La situation est donc extrêmement critique et appelle un changement de paradigme.
Il faut impérativement mettre fin à cette confrontation géopolitique insensée, a conclu Helga Zepp-LaRouche, et aller à la table de négociations pour adopter un nouveau paradigme, une nouvelle architecture de sécurité et de développement qui prenne en compte les intérêts de chaque pays en Europe et ailleurs.






